Textes de Jean-Yves Dufour

Article Entretien Nouvelle Préface

Nouvelle - 'Le retour'

24/01/2020

Sans doute les paysages de notre enfance demeurent-ils toute notre vie nos points de repère les plus précieux, le centre métaphysique de l’axe de notre monde intérieur, et conservent pour toujours un réconfort plus puissant que toutes les drogues imaginables. Les vestiges de notre passé sont ainsi aussi indestructibles que les monuments antiques que nous visitons toujours, des siècles après l’extinction des civilisations qui les ont érigés. Mais le monde bouge tellement vite, les dégâts sur notre environnement ont été tels que pour ne pas corrompre ma mémoire, je n’étais jamais retourné au Petit Pâtre, préférant le refuge de mes souvenirs à une réalité peut-être perdue à jamais. Aussi, lorsque le notaire m’apprit que – sans l’avoir réclamé – je venais d’hériter de cette maison, je fus pris entre deux sentiments opposés : l’envie folle d’y retourner et la peur d’y trouver les ravages de la modernité et le saccage de mes décors intimes. Je cédai finalement à la curiosité et traversai le pays quelques jours plus tard pour retrouver le joyau de mon berceau.

 

La route elle-même fut extrêmement pénible, les champs d’éoliennes et autres machineries diaboliques ayant pris possession de la moindre parcelle de terre, et je dus me faire violence à plusieurs reprises pour ne pas abandonner et renoncer à mon voyage au cours du trajet. J’étais parti très tôt le matin et arrivai avant le crépuscule. Le soleil éclairait encore la petite ville de ses derniers rayons et je me garai précipitamment devant la maison avant de me rendre compte que j’avais fait tout ce chemin pour rien : la porte était fermée et ce damné notaire ne m’avait pas remis la clef ! Je pestai mais décidai de me promener quand même dans les alentours et de profiter au maximum avant de trouver une chambre d’hôtel pour la nuit et d’appeler un serrurier le lendemain. Heureusement que j’avais quand même emporté mon titre de propriété !

 

J’avais séjourné ici de nombreux week-ends et presque toutes les vacances scolaires, durant mes jeunes années. Que de temps passé à jouer sous le hêtre pleureur et à courir autour de la maison bordée de haies. J’avais même campé sous la terrasse. Je remontai à pied la rue jusqu’au carrefour. La vieille maison d’Antoine était plus que jamais prise par le lierre grimpant, et j’aurais juré que le Maurice venait juste de repeindre entièrement le magnifique petit moulin qu’il avait fabriqué lui-même. De l’autre côté de la rue, le gazon du terrain de foot semblait avoir été tondu exprès pour mon retour. Une pelouse bien taillée est le meilleur gage d’un accueil chaleureux. Je fis demi-tour et retournai le long du chemin qui menait aux vergers. J’avais passé l’âge de faire le clown sur le muret de l’enceinte extérieure de la prison centrale, et marchai au milieu du bitume défoncé. Le soleil commençait à décliner mais je vis distinctement l’échelle posée contre le mur de la grange qu’après toutes ces années, le voisin n’avait visiblement toujours pas fini de retaper. Je m’attendis à y voir la chatte lovée au grenier dont seuls trois murs subsistaient. Je continuai mon chemin et arrivai à notre ancien verger. Le vendre avait été une déchirure, surtout que le nouveau propriétaire s’était rapidement conduit comme un fanatique bûcheron et avait coupé plus de la moitié des arbres fruitiers qui faisaient mon bonheur, notamment les mirabelliers. Mais s’en occuper convenablement était devenu trop difficile.

 

Quand même, je ne m’étais pas attendu à un tel silence, un tel vide et une telle persistance de la nature. Il n’y avait pas âme qui vive, pas une construction nouvelle, pas le moindre changement qui indiquait qu’ici comme ailleurs, le temps était passé, comme s’il avait été figé en attendant mon retour, en démiurge triomphant. C’était un grand soulagement, car plus encore que de perdre mes paysages adorés, j’avais surtout eu peur de constater l’invasion des lieux par ces nouvelles populations étrangères, aux mines patibulaires, aux pensées étriquées, aux gestes brusques et au raffut insupportable.

 

Arrivé à l’angle de la prison, je décidai de continuer non pas vers la ville, pour simplement faire le tour du pénitencier, mais de pousser le long des champs jusqu’à la station d’épuration des eaux. La nuit tombait et les chiens aboyèrent dès que je passai devant la ferme. Heureusement qu’ils étaient attachés, car ils auraient pu sans problème sauter au-dessus du grillage et me dévorer. Mais ils cessèrent leur vacarme aussitôt que j’eus dépassé leur territoire. Il n’y avait aucun éclairage public et je devais maintenant faire attention à ne pas tomber dans les bassins ni dans le canal, n’ayant pas emporté la lampe torche que je laissais toujours dans la boîte à gants de mon véhicule. Tout de même, bien que je ne pouvais que m’en féliciter, cet arrêt du temps était curieux. Si j’avais su plus tôt que l’endroit avait été à ce point épargné par le Grand Bouleversement, je n’aurai pas attendu toutes ces années pour y retourner.

 

J’étais perdu dans mes songes lorsque je fis un mauvais pas et tombai dans un trou qui n’aurait pas dû s’y trouver. Je hurlai de douleur, ma jambe gauche déjà fragile semblait être cassée. En apercevant de la lumière, je crus à l’arrivée des secours, mais en y regardant de plus près, il ne s’agissait que d’un feu de camp improvisé au milieu d’un chantier que je n’avais pas remarqué. Sans y prendre garde, j’avais dû monter sur un échafaudage puis basculer dans le vide. Je ne sus jamais quelle horreur fit la première cesser de battre mon cœur : cet immeuble odieux en construction au milieu de l’asphalte impie ou ces individus basanés réunis autour du feu se précipitant vers moi en piaillant : « Kayf halik ?! Kayf halik ?! »…

Article - Biographie du Dr Martin

21/04/2019

Camelot du roi
Félix-Victor-Henri Martin (1895-1969) est l’arrière-arrière-petit-fils du député conventionnel régicide Claude-Lazare Petitjean. Lorsqu’il en prendra conscience, cela représentera pour le jeune garçon un poids considérable et comme pour effacer la faute de son ancêtre, il s’engagera dès ses 14 ans à l’Action française. Anarcho-royaliste, il admire le secrétaire général des étudiants d’AF, Henri Lagrange (1893-1915), cofondateur du cercle Proudhon en 1911. Par solidarité, Martin démissionnera avec lui en 1913, quand Lagrange sera exclu du mouvement à cause de son activisme. Ayant commencé des études de médecine en 1913, le jeune Henri réclame l’autorisation de s’engager dès le début de la guerre puis travaille sur le front comme médecin auxiliaire. Au cours de la guerre, il entretient une énorme correspondance avec Paule, sa fiancée, qu’il épousera en 1920. Un premier enfant, Gilles, naît en 1922. En 1923, il écope de deux mois de prison à la Santé pour avoir agressé Maurice Viollette, le président du Conseil général d’Eure-et-Loir, dans le cadre de l’AF, ce qui repousse d’un an sa présentation au concours de l’internat. Son second enfant, Danièle, naît en 1926.

 

Médecin spécialiste du renseignement
En 1929, le Dr Martin est exclu de l’AF, jugé trop paranoïaque. En 1930, il crée un mouvement dissident, le lys montmartrois, avec le Dr Paul Guérin ; puis en 1931, il crée un mini-service de renseignement pour les Orléans, étant est proche de la duchesse de Guise, mère du comte de Paris. Il diffuse ses fiches aux « nationaux de confiance ». En 1932, il travaille comme assistant du Pr Albert Vaudremer, proche du Deuxième Bureau, à la Pitié-Salpêtrière, puis ouvrira son propre cabinet. En 1933, il sera conseiller d’Henri Dorgères, fondateur des Comités de défense paysanne. Il monte pour lui le Centre d’action et de documentation contre le marxisme agraire (CADMA). Proche des Croix-de-feu du colonel François de La Rocque, il est sur place lors de l’insurrection du 6 février 1934. Dégoûté par l’amateurisme de la révolte et la lâcheté de Charles Maurras et Maurice Pujo, qu’il accuse de sabotage, il crée avec Dorgères le Front national, qui rassemble une vingtaine de ligues nationalistes, royalistes et anticommunistes, dont il va centraliser le renseignement.

 

La Cagoule        
En 1936, après la dissolution de l’AF et la victoire du Front populaire, Eugène Deloncle, polytechnicien fondateur du Parti national révolutionnaire, va créer l’Organisation secrète d’action révolutionnaire nationale (OSARN), ou Comité secret d’action révolutionnaire (CSAR), surnommé la Cagoule par Pujo et les puristes de l’AF. Profitant des réseaux Corvignolles, un service de renseignement anticommuniste au sein de l’armée, créé par le commandant Georges Loustaunau-Lacau, Deloncle aura le soutien de certains officiers comme le lieutenant-colonel Alfred Heurtaux, le colonel Georges Groussard les généraux Paul Lavigne-Delville et Henri Giraud et même le maréchal Louis Franchet d’Espèrey. Martin s’occupera du renseignement, organisé en copiant le Deuxième Bureau de l’armée française. Il bénéficiera du service P/A, officine de renseignement intérieur militaire clandestin du colonel Henri Lainey. Le paravent légal de l’OSARN est l’Union des comités d’action défensive (UCAD) du général Edouard Duseigneur et du duc Joseph Pozzo di Borgo. Leur but est de s’emparer du pouvoir par la force : ils ont les plans des bâtiments officiels et des logements des ministres, des canalisations, des égouts, des caves, et ont accès à des casernes, des dépôts de bus et de bennes à ordures. Ils espionnent l’URSS (collaboration avec la Ligue Aubert / Entente Internationale Anticommuniste, infiltration du Parti communiste, intoxication de Staline, le poussant à décapiter ses officiers supérieurs lors de l’affaire Toukhatchevski), se battent contre le Frente popular en aidant les services secrets de Franco (livraison d’armes, sabotages de trains, d’avions et de cargaisons destinées aux républicains) et ont de bonnes relations avec l’OVRA, les services secrets italiens. Lorsqu’en 1937, les cagoulards font circuler de fausses preuves d’un complot communiste et sauter le siège de la confédération générale du patronat français, Martin informe officiellement Deloncle qui alerte les officiers d’active de l’armée pour préparer un contre-putsch. Mais ils sont dénoncés par les « Sioux » de Loustaunau-Lacau et André Brouillard (du Deuxième Bureau), qui ont intérêt à un rapprochement entre la France et l’URSS pour isoler l’Allemagne. Deloncle et Duseigneur sont arrêtés, mais Martin parvient à s’échapper grâce à sa femme. Il entre alors en clandestinité, et bien que surveillé, parvient à faire évacuer sa documentation grâce à son secrétaire, Jacques de Place, qui ne le quittera plus. Il se cache dans un pavillon de banlieue parisienne avec sa femme et ses enfants où Joseph Darnand, cagoulard niçois, les emmène en Italie à San Remo.

 

Vichy
Lorsque la guerre éclate en 1939, Martin revient en France. Il est d’abord mobilisé comme médecin au Kremlin-Bicêtre mais brutalement arrêté et incarcéré à la Santé le 31 octobre. En prison, il apprend l’allemand et le russe et correspond beaucoup avec sa femme et ses enfants, dont il assure l’éducation à distance. Darnand cherche à récupérer sa documentation mais Paule résiste. Deloncle est libéré et rejoint le cabinet du ministre de l’armement Raoul Dautry. Paule réussit à faire libérer son époux début 1940, en court-circuitant le processus habituel de sa demande de libération grâce à la femme du Dr Alexis Carrel. Le Dr Martin retourne exercer à Bicêtre. Démobilisé après la défaite, Martin et sa famille se reposent dans les Pyrénées, mais le « bib » rejoint Vichy dès que le maréchal Pétain, soutenu par d’anciens cagoulards, arrive au pouvoir. Il travaillera pour le général Mollard, du Deuxième Bureau, chargé officieusement du camouflage du matériel de guerre. Avant de rejoindre Paris, Deloncle crée le Centre d’informations et d’études (CIE), service de police politique en faveur de la Révolution nationale, comprenant une branche civile et une branche militaire, les Groupes de protection, dirigés par Groussard. Martin, bien que toujours aussi indépendant qu’au temps de la Cagoule, s’occupe de l’organisation, du recrutement et du renseignement. Il y a quatre sections : anticommuniste, politique, antimaçonnique et administrative, comme au Mouvement social révolutionnaire de Deloncle. A la mi-décembre, le Maréchal limoge Pierre Laval, vice-président du Conseil, jugé trop pro-allemand, et certains des proches du Maréchal projettent de l’arrêter. Les GP sont dépêchés à son hôtel, supervisés par le Dr Martin. L’opération réussit mais Otto Abetz fera libérer Laval, dissoudre les GP et le CIE et arrêter Groussard et Martin. Ce dernier se cachera quelque temps à Saint-Etienne.

 

La synarchie     
Durant l’année 1941, le Dr Martin reprend ses activités de renseignement et d’infiltration. Son équipe d’une douzaine de personnes enquêtera à fois sur les communistes, les gaullistes, les Allemands, le clergé, les monarchistes et même le MSR. Heurtaux lui remettra des documents sur la synarchie, mettant en évidence un complot technocratique d’inspecteurs des finances et de polytechniciens, qu’il montrera à Pétain lui-même. Sans comprendre qu’il s’agit de faux et qu’il est utilisé aussi bien par certains cagoulards que par l’Abwehr, il aura le sentiment d’avoir été manipulé par les synarques en évinçant Laval. Il se persuade alors que les synarques ont infiltré Vichy pour empêcher la Révolution nationale, ce qui le conduira à s’en prendre au ministre de l’Intérieur, Pierre Pucheu, qu’il accuse de faire partie du complot. Martin se fera arrêter avec plusieurs de ses collaborateurs fin mars 1942, dans sa villa vichyssoise, en possession d’un pistolet et de nombreux faux papiers. Ses documents sont saisis. Il est mis au secret et entame une grève de la faim. En prison, il élabore des plans d’évasion. On lui propose de le faire sortir s’il accepte de remplacer Darnand à la tête de la Milice mais il refuse. Finalement, son fils Gilles fait libérer au culot tous les détenus de sa prison peu après le Débarquement. Ils rejoignent l’Armée Secrète mais le « bib » est capturé par les FTP. Il s’évade et rejoint le réseau Alliance dans les Vosges, puis, sous le nom de « commandant Bernard », va travailler pour le réseau Roy, le renseignement américain ancêtre de l’OSS.

 

Après-guerre
Après la guerre, le Dr Martin continue de travailler officieusement pour le renseignement français :  pour les RG, avec le commissaire principal Marc Bergé, pour la DST, avec son directeur Roger Wybot, ancien du CIE, et pour le SDECE (que son futur gendre, Pierre de Villemarest, ancien résistant de l’AS, a rejoint en 1945), notamment dans la lutte anticommuniste. Sa femme lui sert toujours de chauffeur et de secrétaire. Mais il est en même temps traqué par la police depuis 1947 pour le procès de la Cagoule, au cours duquel il est condamné par contumace en 1948 à la déportation pour complot contre la sûreté de l’Etat. Il vit donc en semi-clandestinité, surveillé et sur écoute mais non arrêté. En 1953, il lutte de toutes ses forces contre la CED. Il travaille avec Jean Ousset, qui a théorisé le coup d’Etat à moins d’un millier d’hommes. Dans la même veine que le CADMA, il participe au lancement de l’UDCA de Pierre Poujade, qu’il tente de noyauter avant de s’en faire exclure.

 

Algérie Française           
Dès le début des événements d’Alger, le Dr Martin contre-complote pour conserver l’Algérie dans l’empire français. Il crée ainsi avec plusieurs généraux le mouvement activiste Grand O. Il est arrêté en 1957 au prétexte de la Cagoule et incarcéré six mois à la Santé. Villemarest organise des attentats en France contre le FLN via la DST. Ils essaient également d’empêcher le retour au pouvoir du général de Gaulle, qu’ils accusent de crypto-communisme. En 1958 est créé le Mouvement populaire du 13 mai (MP-13), fusionné avec l’Union française nord-africaine (UFNA) du colon Robert Martel dont Martin était le conseiller. On y retrouvera Villemarest, Dominique Venner et Pierre Sidos. En avril 1960, Martin est arrêté pour atteinte à la sûreté de l’Etat pendant la semaine des barricades, puis relâché en août faute de preuves. En 1961, il s’occupe du renseignement de l’OAS via l’OAS7, constitué des anciens du Grand O. Villemarest est arrêté et ne sera relâché qu’après la guerre d’Algérie. Martin travaille pour les Mouvements unis de résistance et d’action (MURA) tout en étant recherché pour sa participation au putsch des généraux. C’est lui qui sélectionne les hommes qui vont participer à l’attentat du Petit Clamart contre De Gaulle. En 1963, il est condamné par contumace à 10 ans de travaux forcés par la Cour de sûreté de l’Etat. Après deux ans de clandestinité, Danièle et Pierre sont arrêtés. Ils ont été condamnés à respectivement 10 et 20 ans de prison, mais n’en feront que respectivement 1 mois et 1 an, faute de preuves. Toujours en cavale, Martin se rend sur les barricades au printemps 1968 et aide des jeunes contre la police, toujours dans une optique antigaulliste. Il ne sortira de la clandestinité qu’à l’été, suite à une amnistie. Danièle et Pierre pourront enfin se marier. Affaibli, il mourra moins d’un an plus tard au Kremlin-Bicêtre, où il avait exercé.

 

Postérité
On a souvent accusé le docteur Martin d’être un « maniaque du renseignement ». A la fois paranoïaque et naïf, et malgré une vie entière passée dans la clandestinité sous quatre régimes différents, il conservait une foi inébranlable dans le catholicisme et surtout en la France. Il aimait profondément les siens, et cet amour était réciproque. Ceux qui travaillaient avec lui étaient sous son charme, et souvent même ses adversaires. Lorsqu’il exerçait la médecine, il ne faisait payer que ses patients qui le pouvaient. Il ne passait pas son temps à comploter contre la République par idéologie pure, mais pour restaurer une France forte, unie et glorieuse. C’était son remède pour nous sauver tous.

Préface - 'Théorie de la Propriété' (Philippe Landeux)

11/11/2018

Dans son nouvel ouvrage, La théorie de la Propriété, Philippe Landeux expose enfin clairement les principes qui, en la matière, découlent de sa théorie de la Cité, dite le Civisme. Bien sûr, cela peut parfois être fastidieux et rébarbatif, comme le sont les études juridiques et économiques, mais les démonstrations sont limpides et rigoureuses, leur vocabulaire est précis, leur logique est irréfutable, leur cheminement n’omet jamais aucune possibilité et leurs conclusions sont sans retour.

 

L’auteur commence par expliquer que la propriété — comme tout droit en général — n’a de sens qu’en société, et non dans « l’état de nature », règne de la guerre de tous contre tous où chacun est tour à tour chasseur et proie, où la seule constante est le chaos. Cet état hypothétique (car l’homme reste un animal grégaire), imaginé dès le dix-septième siècle par Thomas Hobbes dans De cive (1642) — que l’on peut traduire par Du citoyen — puis dans le Léviathan (1651), repris par John Locke dans son Traité du gouvernement civil (1690), et utilisé au siècle suivant par Jean-Jacques Rousseau dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes (1755) puis Du contrat social (1762), est trop instable, et aboutit nécessairement à une société basée sur le droit, censé être le même pour tous. C’est ainsi que ces conceptions nouvelles ont entraîné des révolutions politiques qui ont conduit à la régression des castes et à l’accaparement de leur pouvoir par les ordres inférieurs.

 

Philippe Landeux enchaîne donc avec sa conception de la société, qui l’amène à définir également ce qu’est un citoyen. C’est là que réside le caractère révolutionnaire de cet ouvrage, qui démontre que, puisque les citoyens doivent être égaux en droits, dont celui de profiter de toutes les productions de leur société, le droit d’accéder au marché doit être conféré par la citoyenneté elle-même, et non plus, comme aujourd’hui, par une monnaie. L’auteur déconstruit alors une quarantaine de préjugés monétaires, afin de prouver que ce qu’il appelle Largent — la croyance que la notion de valeur marchande est nécessaire pour échanger — est une idée fausse issue du troc. Philippe Landeux s’en tient ici aux principes, mais il est facile de vérifier que sa conception, aujourd’hui audacieuse, s’imposera demain comme le simple bon sens. Les abonnements et paiements forfaitaires sont déjà courants (Internet, téléphonie, télévision, transports, hébergement, buffets à volonté, voyages all inclusive, etc — le salariat lui-même n’est plus qu’un statut dont le salaire mensuel correspond dans le meilleur des cas directement au niveau d’études, alors qu’il y a encore quelques décennies, le travailleur était payé à la journée ou à la semaine, selon son rendement), ce qui est logique : le détail était adapté à un contexte de production artisanale mais devient un frein obsolète et anachronique dans un contexte de production industrielle, comme en témoignent, par exemple, les fréquentes opérations de soldes et de promotions. Les débats sur le salaire (ou revenu) universel sont au cœur de l’actualité politique et économique, du fait de la raréfaction du travail, source normale de revenus. La technologie permettant le contrôle de la « citoyenneté » et la gestion des stocks est née seulement dans les années 1970, et beaucoup plus récemment encore en ce qui concerne la traçabilité en temps réel de chaque produit. Or, toute nouvelle technologie finit par avoir des conséquences importantes sur la législation, et généralement dans le sens de l’amélioration des conditions de vie. La monnaie elle-même tend à disparaître. Les espèces et les chèques sont de moins en moins utilisés, les crédits sont de plus en plus dématérialisés, les monnaies ne sont même plus forcément adossées ni à des métaux (comme l’or) ni à des États (avec les monnaies virtuelles sans existence fiduciaire, comme le bitcoin — du reste, peu importe de se faire exploiter en francs ou en euros). Dans La crise du monde moderne (1927), René Guénon avait déjà prévu la prochaine disparition physique de la monnaie, même s’il ne concevait pas que le principe des unités disparaisse (il condamnait la société moderne, « règne de la quantité » au détriment de la qualité).

 

Philippe Landeux détaille alors les conditions et la nature de la propriété, dans le cadre de la société dont il vient de poser les principes. Tous les types de propriétés sont abordés : sol, matières premières, produits finis, entreprises, idées (propriétés artistiques et intellectuelles), animaux et hommes. Ne manquent que les androïdes ! Locke, et après lui Adam Smith, qui a introduit la notion de capital dans ses Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), admettaient déjà tout à fait le droit de propriété physique. Les chefs de la Révolution française, dont Robespierre lui-même (notre penseur est fortement influencé par l’Incorruptible dont il a écrit une biographie et publié la somme des discours), n’étaient pas opposés à la propriété ; au contraire, elle était garantie et sacralisée par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 : il fallait rendre à la nation — aux riches — ce qui lui revenait, et qui avait été à leurs yeux confisqué trop longtemps par l’Église et l’aristocratie. Robespierre avait toutefois blasphémé contre la propriété telle que l’entendaient les bourgeois, qui la voulaient sans limite et indissociable de l’argent, en considérant qu’elle « est le droit qu’a chaque citoyen de jouir et de disposer de la portion des biens qui lui est garantie par la loi » et qu’elle doit, en outre, être bornée, « comme tous les autres [droits], par l’obligation de respecter les droits d’autrui » (avril 1793) ; conception minimale qui préfigure celle de Philippe Landeux.

 

Dans la suite du texte, l’auteur aborde la propriété sous l’angle des moyens d’échange. Au dix-neuvième siècle, avec la révolution industrielle et la détention des outils de production par un petit nombre de chefs d’entreprises (détenteurs du capital), la propriété, et en premier lieu celle des moyens de production, a commencé à poser véritablement problème. Dans Qu’est-ce que la propriété ? (1840), Pierre-Joseph Proudhon, qui ne songe pas un instant à remettre en cause la monnaie, considère la propriété comme du vol légal, ce qui revient à amalgamer état de nature et société, mais qui est cohérent pour un anarchiste. Il ajoute néanmoins une nuance — que l’on retrouve chez Landeux — entre propriété (de droit) et possession (de fait). Dans ses Confessions d’un révolutionnaire (1849), il considère également la propriété comme une forme de liberté et défend dans sa Théorie de la propriété publiée à titre posthume en 1866 le concept de propriété privée, rempart de l’individu face à l’État. Pour Karl Marx, Le capital (1867) est du travail accumulé et doit donc revenir aux travailleurs, tandis qu’il s’accumule dans les coffres des « capitalistes », détenteurs des moyens de production. De manière générale, les économistes sont d’accord sur la valeur-travail (aussi bien pour Adam Smith, David Ricardo, John Locke et David Hume que pour Karl Marx). Leurs querelles reposent essentiellement sur le principe d’intérêt (prohibé par les religions abrahamiques), qui est une rente sur le capital, donc le travail accumulé (lire par exemple les échanges entre Proudhon et Frédéric Bastiat sur La gratuité du crédit en 1848-1850) et sur l’interventionnisme de l’État, plutôt socialiste ou plutôt libéral, comme l’illustre la confrontation de 1932 entre John Maynard Keynes et Friedrich Hayek au sujet des dépenses publiques. Dans le cadre proposé par Philippe Landeux, ces polémiques n’ont pas de sens puisqu’il n’y a pas d’argent à accumuler, et que l’État n’a pas besoin de réguler les salaires, les prestations sociales et la fiscalité, ce qui fait de ce système un libéralisme national (au sens où les acteurs économiques sont libres d’agir quoique la société soit théoriquement propriétaire des infrastructures des entreprises et de leurs productions) sans capitalisme, expérience jamais tentée pour le moment, sinon au Pays des Schtroumpfs. Les systèmes monétaires ont échoué. Dans le communisme ou l’économie distributive, dite de l’abondance (sic), même si tous les citoyens ont le même pouvoir d’achat, celui-ci est injuste et inefficient puisque bridé artificiellement. Les économies basées sur le rationnement frustrent tout autant les citoyens que dans le système monétaire capitaliste, et les régimes qui les appliquent sont condamnés dès le départ. Dans le solidarisme de Léon Bourgeois développé dans Solidarité (1896), la propriété est carrément abolie. L’idée d’en finir avec la monnaie a déjà été envisagée, mais les thèses existantes ne sont pas sérieuses, car elles tentent de moraliser le capitalisme, sans abandonner sur le plan des principes le besoin d’échanger selon des équivalences. En outre, les théories anti-monétaires (comme l’Antimonétisme, la Désargence, les projets Mocica, Vénus ou Zeitgeist) sont mondialistes et sans-frontiéristes, c’est-à-dire qu’elles se placent au-delà du cadre de la société dont elles prétendent libérer les citoyens, ce qui ne peut en dernière instance que les trahir. Quant aux mouvements dits de « troisième voie » qui tendent à être à la fois anticommunistes et anticapitalistes, comme le rexisme, le fascisme ou le gaullisme, le capital finit soit par corrompre le pouvoir soit par le circonvenir, car il est par nature le plus fort. Pour Joseph Schumpeter et Howard Bloom, — dont le titre de son histoire du capitalisme est Le génie de la bête (2010) — le capitalisme fonctionne par cycles, sur l’évolution technique. Il s’agit donc d’une fuite en avant qui ne peut que laminer les peuples, les rendre toujours plus esclaves malgré des commodités dans la vie courante. Dans l’Apocalypse de Jean, « Nul ne pourra rien acheter ni vendre s’il n’est marqué au nom de la Bête ou au chiffre de son nom. […] Que l’homme doué d’esprit calcule le chiffre de la Bête, c’est un chiffre d’homme : son chiffre, c’est six-cent-soixante-six [les recettes annuelles du roi Salomon : 666 talents d’or] ». Dans 777 (2009), Pierre Jovanovic a fait l’exégèse de ce texte obscur suite à la crise financière de 2008, l’apocalypse étant une vraie banqueroute planétaire, organisée par des hommes. La monnaie mènera le monde à sa perte. Max Weber, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905), explique que le capitalisme est né du protestantisme : le capital est l’espoir d’un profit ultérieur, comme le paradis chez les catholiques. Toutes ces discussions sont désormais puériles et vaines face à la présente théorie.

 

Après avoir étudié les mécanismes de l’échange via la monnaie, dans l’esprit du troc, Philippe Landeux revient sur la philosophie et la psychologie de la propriété. Il va de soi que des prix variables n’ont pas de sens lorsque les produits sont fabriqués en série, et que ces derniers n’ont pas la même « valeur » selon les individus, par rapport à leurs revenus respectifs, leurs besoins, leurs goûts, leur vécu (dans son maître ouvrage Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), David Ricardo distinguait déjà valeur d’usage et valeur d’échange). S’en tenant aux principes, l’auteur ne détaille pas les conséquences de sa conception révolutionnaire, mais il est évident que libérés du joug de l’argent (et de Largent), les citoyens pourront enfin passer de la société de l’Avoir à la société de l’Être, pour reprendre les termes de l’ouvrage du philosophe marxiste Francis Cousin, L’être contre l’avoir (2012).

 

Profondément épris d’humanisme et de justice, Philippe Landeux nous invite à changer de paradigme, à s’extraire de la matrice monétaire, à sortir des cadres conventionnels. Celui qui n’a qu’un marteau comme outil voit tous les problèmes comme des clous. Il s’agit maintenant d’arrêter de compter les clous et d’utiliser le marteau pour détruire des préjugés qui durent depuis des siècles. La monnaie est comme l’hydre de Lerne : à chaque fois qu’elle résout un problème, elle en engendre d’autres, encore plus absurdes et monstrueux. C’est d’ailleurs le paradoxe (ou l’objectif) de la société capitaliste moderne, dont la technologie ne simplifie pas les procédures bureaucratiques mais les alourdit, et généralise la surveillance sans régler les conflits, comme l’a observé David Graeber dans Bureaucratie (2015). C’est là où le projet d’hybridation des premiers ingénieurs sociaux, comme ceux de la Société fabienne à la fin du dix-neuvième siècle (à l’origine de toutes les institutions mondiales), a réussi : on a à la fois le Plan et le Marché, le socialisme et le capitalisme, se dévorant l’un l’autre mais formant un système totalitaire qui verrouille, étouffe et détruit tout. Mais il suffit d’oser reconnaître que le roi est nu, et l’hydre, qui comme la monnaie, n’existe que par la confiance ou la foi qu’on lui accorde, disparaît, à jamais vaincue. Les principes révolutionnaires que pose Philippe Landeux débouchent sur un champ extraordinaire de potentialités. Il devient ainsi enfin possible de concrétiser la devise républicaine, jusque-là contradictoire, comme l’avait noté Alexandre Soljenitsyne : « Liberté, Égalité, Fraternité ».

 

Article - Aux origines de la construction européenne

26/04/2018

Ce que nous appelons « construction européenne » n’a jamais eu l’Europe géographique comme départ ni comme finalité. Il s’agissait déjà à la fin du dix-neuvième siècle – à une époque où la France et le Royaume-Uni dominaient presque le monde entier grâce à leurs immenses empires respectifs – d’unifier politiquement et économiquement la planète. A l’origine, il y a John Ruskin (1819-1900), fils de bonne famille britannique, artiste et voyageur qui finira professeur d’art à Oxford et qui inspirera George Bernard Shaw (1856-1950) et Cecil Rhodes (1853-1902). Rhodes, fondateur de la Rhodésie, magnat du diamant et Premier Ministre de la colonie sud-africaine du Cap (1890-1896), créateur des bourses Rhodes destinées aux futurs étudiants méritants d’Oxford, était un impérialiste fanatique ; Shaw, un écrivain bohème devenu socialiste sous l’influence de Karl Marx. Autour de Cecil Rhodes va se constituer un noyau dur d’impérialistes britanniques regroupant notamment le journaliste William Thomas Stead (1849-1912), l’historien Reginald Brett (1852-1930, futur Lord Esher), le futur Premier Ministre du Royaume-Uni (1902-1905) Lord Arthur James Balfour (1848-1930), l’administrateur colonial Harry Johnston (1858-1927), Lord Albert Grey (1851-1917), gouverneur général du Canada (1904-1911) et Lord Nathan Mayer Rothschild (1840-1915), banquier international.

 

En 1884 est fondée la Société fabienne – qui existe encore aujourd’hui – carrefour à la fois de l’impérialisme britannique, du socialisme réformateur et du mondialisme (prônant un gouvernement mondial). Son principal créateur, le spiritualiste socialiste Frank Podmore (1856-1910), et les autres membres fondateurs, se verront très rapidement relégués au second-plan par des nouveaux arrivants qui vont s’approprier la Société fabienne : Bernard Shaw, l’économiste Sidney Webb (1859-1947, futur Lord Passfield et secrétaire d’Etat de 1929 à 1931), sa future épouse l’intellectuelle Beatrice Potter (1858-1943) et le professeur de science politique Graham Wallas (1858-1932). D’autres personnalités célèbres rejoindront bientôt la Société fabienne : l’écrivain Herbert George Wells (1866-1946), la militante socialiste Annie Besant (1847-1933), qui à partir de 1907 reprendra la direction de la Société théosophique (qu’elle a connue par l’intermédiaire de William Stead, rédacteur-en-chef de la Pall Mall Gazette dans laquelle elle écrivait) de l’occultiste Helena Blavatsky. Podmore eut l’idée du nom de cette organisation en référence au consul et dictateur romain Fabius Cunctator (dit « Le temporisateur ») qui utilisa victorieusement la guerre d’usure contre le général carthaginois Hannibal : la Société fabienne prône une méthode progressive et institutionnelle de changement politique, un travail à long terme d’infiltration et de pénétration du Système, plutôt que la révolution brutale. C’est pourquoi le blason de l’organisation représentera un loup portant une peau d’agneau. La Société fabienne cherchera à fusionner le capitalisme avec le planisme et le technocratisme socialistes (soit le pire de la droite avec le pire de la gauche) pour aboutir à un gouvernement mondial centralisé paternaliste et communiste. Cette doctrine deviendra le travaillisme au Royaume-Uni. Pour former les futures élites mondiales, notamment dans le domaine universitaire et journalistique, Graham Wallas, Bernard Shaw et les époux Webb, profitant de l’élection de Sidney Webb au London County Council en charge des questions d’éducation depuis 1891, vont créer en 1895 la London School of Economics (LSE), université spécialisée en politique et en économie qui aujourd’hui encore sert de principal relai aux idées mondialistes. Le premier directeur de la LSE sera William Hewins (1865-1931), qui travaillera ensuite pour le parlementaire et futur secrétaire d’Etat (1910-1914) Joseph Chamberlain (1836-1914). Le All Souls College d’Oxford sera également un établissement dédié aux vues mondialistes.

 

Reprenant l’héritage impérialiste de Cecil Rhodes, de Lord Charles Dilke (1843-1911, parlementaire auteur du manifeste impérialiste Greater Britain en 1868) et de Joseph Chamberlain, Lord Alfred Milner (1854-1925, administrateur colonial, ambassadeur et futur secrétaire d’Etat de 1918 à 1921) va créer la Round Table en 1909 avec Arthur Balfour, l’administrateur Lionel Curtis (1872-1955, secrétaire de Milner pendant la seconde guerre des Boers) et le colonel américain Edward Mandell House (1858-1938). Ce think tank diffusera la vision impérialiste de John Ruskin et sera financé dès sa création par Nathan Mayer Rothschild et les grandes banques Lazard et J.P. Morgan & Co. Par la suite, plusieurs fondations seront créées dans le but de financer des projets mondialistes de toute nature : la Fondation Carnegie pour la paix internationale en 1910, la Fondation Rockefeller en 1913 et la Fondation Ford en 1936. En 1912, le colonel House publiera Philip Dru, administrator. A story of tomorrow, un roman qui pose les bases pratiques du mondialisme.

 

En 1913 aura lieu un coup d’Etat financier à la suite du Federal Reserve Act qui instituera la Réserve fédérale des Etats-Unis (FED), offrant la création monétaire du dollar américain à quelques banquiers privés. La réunion secrète de Jekyll Island rassemblera les représentants des banques Rothschild, Rockefeller, J.P. Morgan & Co, le banquier international Paul Warburg (1868-1932) et le colonel House, ancien soutien et conseiller du président américain à peine élu Woodrow Wilson (1856-1924).

 

Un Français, représentant de commerce en cognac et mystérieusement proche des impérialistes britanniques, Jean Monnet (1888-1979), jeune banquier de la Blair & Co (associée de la Chase Manhattan Bank des Rockefeller) et protégé de Paul Warburg, va servir de lien entre la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis d’Amérique. Réformé, il va néanmoins dès le début de la première guerre mondiale obtenir un entretien avec le Président du Conseil René Viviani et le convaincre, grâce au ministre du commerce Etienne Clémentel, de créer un pôle maritime franco-britannique pour optimiser le transport de vivres, munitions et autres matières premières entre les deux pays alliés. Il travaillera avec Lord Arthur Salter (1881-1975), membre du Groupe de Milner et chef de la marine marchande britannique. En 1916, Monnet deviendra le responsable de la coordination des ressources alliées, sous le statut de haut fonctionnaire interallié au sein du Wheat Executive. Il travaillera par exemple avec Lord Robert Brand (1878-1963), ancien d’All Souls College, secrétaire d’Alfred Milner, chef de la mission de ravitaillement anglaise aux Etats-Unis et président du conseil britannique d’approvisionnement en Amérique du nord.

 

C’est après la guerre que les choses deviennent intéressantes. Il y avait déjà eu des penseurs de règles internationales comme Hugo Grotius au dix-septième siècle. Plus tard, quelques progrès ont été réalisés : le traité de Paris de 1856, signé par plus de cinquante pays ; la Convention de Genève de 1864 ; la première conférence de La Haye de 1899… La conférence de la paix débouchera sur le traité de Versailles en 1919 et la création de la Société des nations (SDN) dont certains délégués s’appuient sur les textes et idées propagés par la Société fabienne. On y retrouve notamment Lionel Curtis, qui fera partie plus tard du RIIA, du CFR et influencera la création du Commonwealth après la décolonisation en 1949 ; John Foster Dulles (1888-1959), diplomate, intime de Jean Monnet et futur secrétaire d’Etat sous Eisenhower (1953-1959) ; William Bullitt (1891-1967), diplomate, ambassadeur américain en URSS et en France, lui aussi ami de Jean Monnet ; Philip Kerr (1882-1940, Lord Lothian), secrétaire du Premier Ministre David Lloyd George de 1916 à 1921 et ambassadeur ; ou encore Clarence Streit (1896-1986), journaliste membre du Groupe de Milner. Les principaux signataires anglo-américains du traité sont le président Wilson, le colonel House, Alfred Milner et Arthur Balfour. Monnet sera nommé numéro deux de la SDN à Genève, soit adjoint du secrétaire général Sir (futur lord) Eric Drummond (1876-1951), diplomate proche de Balfour et House.

 

En 1920, les fabianistes et les membres du Groupe de Milner (noyau dur de la Round Table) vont créer le Royal Institute of International Affairs (RIIA, ou Chatham House), think tank où s’élaborera désormais la politique étrangère du Royaume-Uni. Le colonel House et le président Wilson créeront son équivalent américain en 1921 : le Council on Foreign Relations (CFR). L’un des cofondateurs du RIIA est Arnold Joseph Toynbee (1889-1975), historien et diplomate, enseignant à la LSE et disciple de Ruskin. On dédia à son oncle, l’économiste Arnold Toynbee (1852-1883), le Toynbee Hall à Londres, parce qu’il fut l’un des premiers à vouloir rassembler les classes sociales. Cecil Rhodes eut aussi droit à son monument, Rhodes House, à Oxford.

 

La fin de la guerre va progressivement stopper l’intérêt de la SDN dans l’esprit des hommes politiques. Monnet en démissionnera en 1923. Il travaillera entre la France et les Etats-Unis et sera proche à la fois du gouverneur de la Banque de France et de celui de la FED. Mais la propagande mondialiste va se poursuivre, notamment avec le comte Richard Coudenhove-Kalergi (1894-1972) qui va lancer le Mouvement pour les Etats-Unis d’Europe, ou Mouvement paneuropéen, en 1920, dont Aristide Briand (1862-1932, moult fois ministre et Président du Conseil de 1908 à 1929) sera président d’honneur. En 1926, le Mouvement paneuropéen deviendra Union paneuropéenne internationale. En 1928, H.G. Wells publie The open conspiracy, dans l’esprit de la Société fabienne. En 1931, Aristide Briand publie Les Etats-Unis d’Europe. En 1938, Philipp Kerr crée l’Institut Federal Union, qui fera partie de l’Union des fédéralistes européens (tout comme par exemple l’Union européenne des fédéralistes d’Henri Frenay (1905-1988), résistant cofondateur du réseau Combat, gaulliste devenu mondialiste) à partir de 1946, et du Mouvement fédéraliste mondial à partir de 1947. En 1939, Clarence Streit publie Union now qui plaide pour un gouvernement mondial, tout comme H.G. Wells qui publie The new world order.

 

Après la FED arrive un second coup d’Etat financier qui va donner une plus grande indépendance aux gouverneurs des banques centrales. Suite au Plan Dawes de 1924 (mis en œuvre côté britannique par Robert Molesworth (1871-1954, Lord Kindersley), membre du Groupe de Milner, gouverneur de la banque Hudson’s bay company pour laquelle travailla Jean Monnet, directeur de la Bank of England et président de la banque Lazard Brothers & Co), qui avait fait se retirer l’armée française occupant la Ruhr en 1925, le rapport Young de 1929, dont le Plan Young devait rééchelonner les dettes de l’Allemagne, sert de base à la création en 1930 de la Banque des règlements internationaux (BRI).

 

Dès le début de la seconde guerre mondiale, Jean Monnet et son ami Arthur Salter (qui deviendra parlementaire et ministre après la guerre) relancent un Comité interdépartemental franco-britannique pour les approvisionnements et les achats de matériel de guerre, comme ils l’avaient fait en 1914. Leur objectif est de créer une union franco-britannique capable d’imposer aux deux pays une politique commune. Avec la défaite de la France et l’Occupation, cela ne se fera pas. En 1940, le Royaume-Uni se tourne donc vers les Etats-Unis d’Amérique que Jean Monnet va rejoindre dans le cadre du British Supply Council pour lequel travaille son ami John Foster Dulles. Il va ensuite travailler au Victory Program en 1942 et à l’UNRRA (Administration des Nations Unies pour le secours et la reconstruction) en 1943 avant d’intégrer le Comité français de libération nationale (CFLN) gaulliste à Alger, malgré son animosité envers Charles de Gaulle (1890-1970), qu’il considère comme un danger pour la France (comprendre la France souveraine) et les notes secrètes qu’il a fait transmettre dans ce sens à Harry Hopkins (1890-1946), ancien secrétaire du commerce et conseiller du président américain Franklin Delano Roosevelt (1882-1945). Une autre personnalité politique de premier plan, Edward Frederick Lindley Wood (1881-1959, Lord Halifax), ancien élève de All Souls College, successeur de Philip Kerr comme ambassadeur aux Etats-Unis, ancien secrétaire d’Etat à la guerre et secrétaire du Foreign Office (ministère des affaires étrangères), fit tout pour limiter la voix de De Gaulle à Londres et à la BBC. Monnet avait déjà rencontré Hopkins, fabien proche de John Foster Dulles et inspirateur du New Deal, qui lui avaient présenté Clarence Streit. Un second inspirateur du New Deal également ami de Monnet fut Felix Frankfurter (1882-1965), fondateur du Harvard socialist club (regroupant des socialistes impérialistes), juriste, membre de la Round Table et du CFR, nommé juge de la Cour Suprême par Roosevelt après avoir été son conseiller pendant la campagne électorale. Un autre ami de Jean Monnet fut John McCloy (1895-1989), assistant du secrétaire d’Etat à la guerre pendant la seconde guerre mondiale, qui deviendra par la suite président de la Banque mondiale, président de la Chase Manhattan Bank, président de la Fondation Ford et président du CFR, prouvant par-là que toutes ces organisations sont liées. Il fut aussi conseiller des présidents américains Kennedy, Johnson, Nixon, Carter et Reagan. C’est encore Jean Monnet, enfin, qui en 1944 informera par mégarde les gaullistes du plan américain de l’AMGOT, gouvernement militaire allié des territoires occupés, c’est-à-dire libérés par les Américains : la France aurait dû se retrouver sous le contrôle des Etats-Unis d’Amérique, aux niveaux politique et monétaire avec la création d’un dollar français. Mais De Gaulle pourra réagir à temps.

 

Avant même la fin de la guerre, les institutions mondiales d’après-guerre sont envisagées. La conférence de Bretton Woods de 1944, organisée notamment par Dean Acheson (1893-1971, diplomate qui deviendra secrétaire d’Etat de 1949 à 1953) accouchera des Accords de Bretton Woods qui créeront l’Organisation des Nations Unies (ONU), l’UNESCO (agence de l’ONU pour l’éducation, la science et la culture) et le Fonds monétaire international (FMI) en 1945. La même année sera également créée la Banque mondiale.

 

Avant de démissionner en 1946, le général De Gaulle avait nommé Jean Monnet commissaire général au Plan, fonction qu’il occupera jusqu’en 1952. Le Commissariat général au Plan (CGP) fut imprégné de l’esprit fabien, le même d’ailleurs que celui des technocrates que le régime de Vichy avait déjà formés via l’école des cadres d’Uriage. Monnet va organiser des « missions de productivité » aux Etats-Unis pour copier la façon de travailler des entreprises américaines et s’entourer d’Américains parmi ses collaborateurs à Paris : Robert Nathan (1908-2001), économiste, ancien directeur de recherche des Defense agencies du War Production Board avec lequel il a travaillé au Victory Program ; Edward Bernstein (1905-1996), économiste, premier directeur des études du FMI ; et William Tomlison, représentant du Trésor américain. Les deux autres collaborateurs de Monnet au CGP sont Etienne Hirsch (1901-1994), ingénieur et résistant qui avait déjà travaillé à Alger avec Monnet, et l’économiste Pierre Uri (1911-1992).

 

Les Américains ont dû abandonner l’AMGOT mais ils n’ont pas abandonné l’idée de soumettre la France. En 1946 sont signés les accords Blum-Byrnes entre l’ancien dirigeant de la SFIO et président du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF) Léon Blum (1872-1950), le secrétaire d’Etat américain James F. Byrnes et le commissaire général au Plan Jean Monnet, qui accordent une remise de dettes et de nouveaux prêts contre la facilité de pénétration en France des films d’Hollywood et la diffusion de l’american way of life. Dans la suite logique de l’UNRRA, Monnet travaille avec les ambassadeurs américains David K.E. Bruce (1898-1977), diplomate, responsable de l’Office of Strategic Service (OSS, agence du renseignement américain) en Europe et cofondateur de la Centrale Intelligence Agency (CIA, agence fédérale du renseignement américain, bien qu’indépendante du gouvernement américain) en 1947, et William Averell Harriman (1891-1986), diplomate, ancien directeur du commerce extérieur devenu Secrétaire du commerce, sur le Plan Marshall qui accordent aux pays d’Europe des prêts américains en échange d’achats par ces mêmes pays de produits américains pour leur reconstruction. C’est dans cette optique qu’est signé en 1947 l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), premier accord multilatéral de libre-échange pour une harmonisation des politiques douanières. C’est toujours dans ce cadre, afin de répartir les crédits du Plan Marshall et de promouvoir les coopérations économiques interétatiques et le libre-échange mondial qu’est créée l’Organisation européenne de coopération économique (OECE) qui deviendra l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en 1961.

 

En 1946 est cofondée notamment par Paul van Zeeland (1893-1973), économiste, banquier et ancien Premier Ministre belge ; et Jozef Retinger (1888-1960), diplomate polonais et ancien étudiant de la LSE, la Ligue européenne de coopération économique (LECE). Retinger deviendra en 1947 le secrétaire général du Comité international de coordination des mouvements pour l’unité européenne. En 1948, Allen Dulles (1893-1969), frère de John Foster Dulles, ancien chef des opérations de l’OSS (1942-1945) et William Donovan (1883-1959), fondateur de l’OSS, créent le Comité américain pour une Europe unie (ACUE, American Committee on United Europe). Donovan en deviendra le président en 1949. En 1953, il inspirera la création de la CIA, dont Allen Dulles deviendra le premier directeur. Mais la propagande ne continue pas que côté américain : toujours en 1948, Lord William Beveridge (1879-1963), économiste et ancien directeur de la LSE, publie The crusade for world government. Jean Monnet propose à son ami René Mayer (1895-1972), haut-fonctionnaire et ministre en fonction, une fédération de l’Ouest incluant le Royaume-Uni. Au congrès de La Haye de 1948, dont les présidents d’honneur de cette grand-messe fédéraliste sont Winston Churchill (1874-1965), fort de son United Europe Movement, et Léon Blum, se réunissent presque huit cents délégués d’organisations européistes, qui conduira à la création du Mouvement européen (d’essence fédéraliste) qui lui-même donnera naissance, avec le traité de Londres de 1949, au Conseil de l’Europe. Parmi les autres relais européistes de cette époque, on peut citer l’ingénieur social Walter Lippmann (1889-1974), membre de la Société fabienne, disciple de Graham Wallas et artisan du traité de Versailles ; les époux Graham (à travers le Washington Post) ; Le Monde (d’Hubert Beuve-Méry), ; The Times (contrôlé par le Groupe de Milner) et la CIA (notamment via Frank Wisner) – entre 1949 et 1959, la CIA aurait versé cinquante millions de dollars à différents mouvements européistes par le biais de l’ACUE.

 

Ironiquement, les Alliés anglo-américains vont construire l’Europe telle que l’auraient voulue les architectes pangermanistes : une idéologie impérialiste antinationale, une fédération européenne, un gouvernement supranational… seule la politique changera. En 1950, Etienne Hirsch élabore la déclaration Schuman (du nom de Robert Schuman (1886-1963), ancien député de centre-droit ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain, qui sera utilisé et nommé ministre des affaires étrangères « sur ordre exprès de Washington » afin de « régler la question allemande ») avec Monnet et Bernard Clappier (1913-1999), haut-fonctionnaire, directeur de cabinet de Schuman, qui deviendra plus tard négociateur de la CEE et du Système monétaire européen, gouverneur de la Banque de France et vice-président de la BRI. La déclaration Schuman débouchera en 1951 sur la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), inspirée par Arthur Salter lors de la première guerre mondiale. Il s’agit d’une institution supranationale regroupant la France, la RFA, l’Italie, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas, dirigée par une Haute Autorité (HA) dont Jean Monnet prendra la première direction en 1952 (Hirsch lui succèdera au CGP). Dans son discours d’introduction du 10 août 1952, il proclame être le dirigeant du « premier gouvernement d’Europe de l’histoire » et vouloir être « indépendant des Etats ». C’est aussi ce que dira l’ancien gouverneur de la Banque de France Jean-Claude Trichet en prenant ses fonctions de président de la Banque centrale européenne (BCE) en 2003. Comme le disait Sir Christopher Soames (1920-1987), gendre de Churchill, plusieurs fois ministre, ambassadeur en France, commissaire européen et dernier gouverneur de la Rhodésie du sud : « Dans une organisation internationale, il faut toujours mettre un Français à la tête, car les Français sont les seuls à ne jamais y défendre les intérêts de leur pays. » Des Anglais (via le Joint Committee) et des Américains participeront aux travaux de la CECA comme partenaires extérieurs. L’homologue allemand de Jean Monnet dans l’architecture de la CECA est Walter Hallstein (1901-1982), professeur de droit. Il sera plus tard premier président de la Commission européenne (1958-1967).

 

Jean Monnet n’a jamais changé de conception (vision post-nationale et mondiale) ni de méthode (avance à marche forcée, sans intérêt pour l’histoire ni les peuples, prendre le prétexte d’une politique économique et monétaire commune pour fixer ensuite une politique globale commune). Il n’est donc jamais satisfait et souhaite aller toujours plus loin. C’est pourquoi dès 1954 il souhaite unifier la défense européenne et la dissoudre dans l’OTAN, créée en 1949 : ce sera la Communauté européenne de défense (CED). Mais victime d’une attaque cérébrale et malgré l’influence de son ami John Foster Dulles, directeur du Département d’Etat américain (secrétaire d’Etat), les parlementaires français rejettent la CED. A peine remis, Monnet lancera donc l’Union de l’Europe occidentale, puis en 1955 démissionnera de la HA de la CECA (il sera remplacé par René Mayer) et lancera le Comité d’Action pour les Etats-Unis d’Europe (CAEUE) dont il confiera la rédaction des futures institutions européennes à Paul-Henri Spaak (1899-1972), plusieurs fois Premier Ministre belge, et Pierre Uri. Un an plus tôt, en 1954, un petit groupe de personnes dont Jozef Retinger, Paul van Zeeland et Paul-Henri Spaak avaient créé le Groupe Bilderberg. L’objectif était de réunir une fois par an, de manière informelle, les principaux décideurs occidentaux du monde (hommes d’Etat, journalistes, banquiers internationaux et grands industriels), de façon à ce qu’ils partagent leurs vues. Officieusement, il s’agit aujourd’hui encore de soumettre des feuilles de route et d’adouber les futurs dirigeants de la planète. Signalons que Spaak et van Zeeland avaient été les adversaires les plus acharnés du rexisme et de Léon Degrelle en Belgique dans les années 1930. Exilé aux Etats-Unis suite aux accusations (vérifiées et reconnues par le gouvernement) de Degrelle d’être un « bankster », van Zeeland se rapprochera de Roosevelt et deviendra un agent américain artisan d’un nouvel ordre mondial. Après la guerre, il travaillera notamment pour la CECA, la CED et l’OTAN.

 

En 1957 sont signés les deux traités de Rome, à partir du rapport Spaak : celui qui crée Euratom (dont Etienne Hirsch prendra la tête en 1959) et celui qui institue la Communauté économique européenne (CEE). Ils ont été ratifiés rapidement, John Foster Dulles ayant fait avancer les négociations en soumettant la RFA. Euratom, ou Communauté européenne de l’énergie atomique (CEEA) coordonne les programmes de recherche sur l’énergie nucléaire des six pays membres de la CECA. La CEE permet l’union douanière entre ces six mêmes pays membres. Mais le retour au pouvoir du général De Gaulle en 1958, qui accepte d’appliquer les traités sans les dénoncer, mais sans zèle, va tempérer les ardeurs supranationales des fédéralistes. En 1960 est mise en place la première politique supranationale : la politique agricole commune (PAC). C’est aussi l’année où sera mis en place le Nouveau franc (inspiré par Jean Monnet). Pourtant, les choses ne vont pas tarder à se bloquer. En 1961, De Gaulle refuse la création d’une force militaire euro-américaine et prend l’initiative en proposant un Plan Fouchet en 1961 et 1962, que Monnet et Hallstein vont tenter de récupérer et qui, finalement trop supranational, sera abandonné en 1964. Par deux fois, en 1963 et en 1967, De Gaulle refusera l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE. En 1965, la guerre est ouverte entre De Gaulle et Monnet, qui conduit à la « politique de la chaise vide ». En 1966, il retire la France de l’OTAN et arrache le compromis de Luxembourg, qui permet à un Etat membre de ne pas suivre une décision européenne si elle est réputée nuire à ses « intérêts vitaux », sans empêcher les autres Etats membres de l’adopter. La France vit ses dernières années de pleine souveraineté.

 

Après le départ de De Gaulle en 1969, les choses vont s’accélérer. En 1970, le rapport Werner (du nom de Pierre Werner, banquier du CAEUE en lien avec le FMI et la Banque mondiale), suite au sommet de La Haye de 1969, propose une union économique et monétaire des pays de la CEE. En 1972, le dispositif du Serpent monétaire européen limite les fluctuations des taux de change entre pays membres de la CEE. En 1973, le traité de Bruxelles acte le premier élargissement : l’Irlande, le Danemark et le Royaume-Uni entrent dans la CEE. En 1981, ce sera la Grèce et en 1985, l’Espagne et le Portugal. En 1973, c’est la création de la Commission Trilatérale, qui va tenter d’organiser un gouvernement mondial entre les principales puissances de libre-marché en Europe, en Amérique du nord et en Asie. On retrouve de nouvelles personnalités, mais les organisations dont elles proviennent sont restées les mêmes puisqu’on y retrouve notamment David Rockefeller, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski, membres du dirigeants du CFR et du Bilderberg. En 1974, le sommet de Paris entre chefs d’Etat des pays membres de la CEE instaure le Conseil européen. En 1976 est créé le Parlement européen. En 1986 est signé l’Acte unique européen (AUE) qui approfondit le marché unique et officialise le Conseil européen. En 1990, RFA et RDA se réunifient : l’Allemagne est de retour.

 

En 1991 sont créés les premiers blocs continentaux de libre-échange : le SICA pour l’Amérique centrale, le MERCOSUR (aujourd’hui UNASUR) pour l’Amérique du sud, la Communauté des Etats indépendants (CEI, anciens satellites soviétiques) après la chute de l’URSS (aujourd’hui Communauté économique eurasiatique (CEEA) incluant la Russie). En 1992, c’est au tour de l’Europe et de l’Amérique du nord avec le traité de Maastricht (qui signe l’Europe politique et monétaire avec l’écu, qui deviendra l’euro, mis en circulation en 2002) et l’ALENA. Tout est en place pour les accords de Marrakech de 1994, qui fonderont l’Organisation mondiale du commerce (OMC) afin de mettre en œuvre le libre-échangisme mondial. Il y aura encore plusieurs élargissements : le traité de Corfou en 1995, qui fera entrer l’Autriche, la Finlande et la Suède dans la CEE, qui deviendra l’Union européenne (UE) ; puis le traité d’Athènes en 2004, qui fera entrer la Slovaquie, la Lituanie, la Tchéquie, l’Estonie, la Slovénie, la Lettonie, la Pologne, la Hongrie, Chypre et Malte ; le traité de Luxembourg en 2007, qui fera entrer la Roumanie et la Bulgarie ; et enfin le traité de Bruxelles en 2013, qui fera entrer la Croatie.

 

Au-delà des élargissements continus, empêchant toute identité commune et toute politique stable en Europe, d’autres traités phagocyteront la souveraineté nationale des Etats membres. En 1997, le traité d’Amsterdam institue la coopération judiciaire et soumet les pays membres à la Cour de justice de Luxembourg. En 2001, le traité de Nice modifie les institutions et remplace la prise de décision à l’unanimité par la majorité qualifiée. En 2005, la Constitution européenne est rejetée par référendum par les Français et les Néerlandais, mais le texte constitutionnel est repris dans le traité de Lisbonne de 2007, ratifié pour la France par le Congrès en 2008 et appliqué en 2009. En 2012, le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) abandonne la souveraineté budgétaire, prérogative historique du parlement, à la Commission européenne. En 2016, le peuple britannique s’est prononcé en faveur du retrait de l’UE par référendum, et en 2017, le président américain Donald Trump a mis temporairement fin aux négociations sur le traité de libre-échange transatlantique. Mais pour combien de temps ? Les forces occultes décidées à établir un gouvernement mondial poursuivent leur travail d’uniformisation et de normalisation. Une chose est sûre : l’UE n’a jamais été conçue comme une puissance indépendante mais comme un marchepied du mondialisme, et elle est absolument irréformable.

 

Quelques références

  • Les secrets de la Réserve Fédérale (Eustace Mullins, 1952)
  • La Trilatérale et les secrets du mondialisme (Yann Moncomble, 1980)
  • Histoire secrète de l’oligarchie anglo-américaine (Carroll Quigley, 1981)
  • L’irrésistible expansion du mondialisme (Yann Moncomble, 1981)
  • Franklin D. Roosevelt ou comment mon beau-père a été manipulé (Curtis B. Dall, 1983)
  • Lettre ouverte à ceux qui croient (encore) que l’Europe c’est la paix (Arnaud-Aaron Upinsky, 1992)
  • Le complot de la Réserve Fédérale (Antony Sutton, 1995)
  • L’Europe vers la guerre (Paul-Marie Coûteaux, 1997)
  • Le syndrome de l’ortolan (Arnaud-Aaron Upinsky, 1997)
  • La machination d’Amsterdam (Philippe de Villiers, 1998)
  • Le mondialisme contre nos libertés (Pierre de Villemarest, 2001)
  • La 51e étoile du drapeau américain (Philippe de Villiers, 2003)
  • Faits et chroniques interdits au public, tome II : Les secrets de Bilderberg (Pierre et Danièle de Villemarest, 2004)
  • La grande dissimulation (Christopher Booker & Richard North, 2005)
  • La véritable histoire des Bilderbergers (Daniel Estulin, 2008)
  • La décomposition des nations européennes (Pierre Hillard, 2010)
  • Un européisme nazi (Julien Prévotaux, 2010)
  • La France face au mondialisme (Jean-Yves Dufour, 2011)
  • La Société fabienne, l’instauration d’un nouvel ordre international chez Beatrice et Sidney Webb (John Green, 2015)
  • Les collabos de l’Europe nouvelle (Bernard Bruneteau, 2016)
  • Cet étrange Monsieur Monnet (Bruno Riondel, 2017)

Présent - Louis Lorphelin

01/04/2017

Présent - Louis Lorphelin

Entretien avec Franck Abed (2016)

02/12/2016

Franck ABED : Bonjour. Quel fut l’événement le plus marquant de l’année 2016 pour la France ?

Jean-Yves DUFOUR : Bonjour Franck, merci de me donner à nouveau la parole.

Comme le roi anglais George III qui avait noté dans son journal que rien d’important ne s’était passé le 4 juillet 1776, car il ignorait encore que les colonies britanniques nord-américaines venaient de déclarer leur indépendance, je ne pense pas spontanément à un événement qui ait vraiment marqué l’année 2016. C’est grave parce que cela signifie que la France s’efface progressivement mais silencieusement, que nous nous habituons au marasme, comme au terrorisme, avec ces dizaines de personnes fauchées sur la promenade des Anglais à Nice alors qu’elles assistaient au traditionnel feu d’artifices le soir de la fête nationale. Les Français, peuple tranquille qui aime la bonne vie, sont désespérés, au sens médical du terme, par les effets dévastateurs du mondialisme sur leur environnement.

 

Franck ABED : Le peuple américain s’est donné un nouveau président en la personne de Donald Trump. Que vous inspire cette élection ? Est-ce que cela peut influencer le cours des choses en vue de la présidentielle de 2017 ?

Jean-Yves DUFOUR : Je considère que l’élection de Donald Trump est une divine surprise. Premièrement, c’est la défaite de tout le système politico-médiatique, celui de l’alliance des gauchistes démocrates avec les néo-conservateurs républicains et des médias à leur service. Deuxièmement, c’est la fin d’un certain impérialisme états-unien, qui va abandonner ses prétentions hégémoniques extérieures pour se recentrer sur ses problèmes intérieurs, qui sont nombreux et graves : l’Amérique également connaît la misère, les délocalisations, la désindustrialisation, le chômage, l’endettement, l’invasion migratoire… Pour la France et pour le monde, c’est une chance : Trump souhaite favoriser la paix et renouer des alliances, notamment avec la Russie, dans l’objectif d’un monde multipolaire, arrêter le financement des islamistes, mettre fin au traité transatlantique et même dompter la FED.

Cette élection peut avoir de l’influence en vue de l’élection présidentielle de 2017. Le franc-parler de Trump doit faire des émules. Le fait qu’une grande puissance applique un programme de droite, pro-vie, doit décomplexer les hommes politiques français qui partagent ces convictions mais ont encore peur de les revendiquer haut et fort à cause du terrorisme intellectuel de la gauche. Au niveau européen, la France aura moins de scrupules à remettre en cause l’Union européenne, grâce au soutien de Trump au Brexit et à son champion Nigel Farage.

 

Franck ABED : Différents acteurs et observateurs de la vie politique française estiment que le Front National a de grandes chances de se retrouver au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2017. Pensez-vous que cette analyse soit juste ? En admettant que oui, est-il possible que Marine Le Pen devienne le futur président de la République ?

Jean-Yves DUFOUR : Tout est ouvert. S’il y a une chose que les électeurs ont prouvée ces derniers mois, c’est que rien n’est jamais joué d’avance : le Brexit, la candidature de Trump, puis son élection, la victoire de Fillon à la primaire de la droite et du centre alors que Juppé était largement favori... J’espère que Marine Le Pen sera élue en 2017, c’est possible même si c’est encore assez improbable pour le moment. C’est une chance historique à saisir, à condition de rassembler les Français.

Je pense que le slogan « ni gauche ni droite » doit être remplacé par « et gauche et droite », c’est-à-dire une synthèse à la fois anticollectiviste et anticapitaliste (au contraire des mondialistes qui cumulent les pires aspects de la gauche et de la droite), ce que l’on appelle depuis des décennies la ‘troisième voie’ : protectionnisme, égalité sociale et fiscale, réenracinement (rééquilibrage du territoire, instruction publique digne de ce nom, défense de l’agriculture locale comme de la culture, démocratie locale, refus du tout-marchand…), ce qui ne peut se faire qu’en limitant drastiquement l’immigration, en pratiquant la tolérance zéro pour les délinquants et en reprenant tous les pans de souveraineté confisqués par les organismes internationaux et supranationaux.

 

Franck ABED : Beaucoup parlent de tripolarisation de la vie politique avec le PS, LR et le FN. Ne faudrait-il pas plutôt parler de quadri-polarisation de la vie politique française avec tous les abstentionnistes qui ne se reconnaissent dans aucun parti officiel du système ?

Jean-Yves DUFOUR : Les abstentionnistes sont plus nombreux que les votants, c’est vrai, mais cela ne signifie pas qu’ils forment un parti. Il existe déjà beaucoup de raisons différentes de voter pour un parti, et plus encore de ne pas voter. Les abstentionnistes sont des sceptiques ou des déçus de la politique, mais il faut bien qu’ils comprennent que le système se moque d’être soutenu par une poignée seulement d’électeurs. Il faut sortir de ce romantisme anarchiste et voter pour choisir le candidat le moins pire et faire battre les plus corrompus et incompétents. On dit que les absents ont toujours tort, et ne pas choisir c’est laisser les autres imposer leurs choix. Chaque voix compte, et si les sceptiques avaient cru aux sondages qui donnaient l’échec du Brexit et Trump à 1% au début de la primaire républicaine s’étaient abstenus, ces événements n’auraient pas eu lieu. Ce que je dis ne signifie pas idolâtrer les élections. Mais tous les moyens doivent être utilisés pour faire entendre notre volonté.

 

Franck ABED : Ces dernières années les sujets politiques ont souvent été les mêmes : immigration, terrorisme, islam, Union Européenne, insécurité, chômage. Plus personne n’évoque la Francophonie. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Yves DUFOUR : Je ne trouve pas qu’on parle tant que ça de l’UE, et je le regrette. Pour le reste, en effet, ce sont les sujets de la vie quotidienne qui sont rabâchés, car comme je le disais au début de l’entretien, le mondialisme a détruit la vie des gens, et le chômeur ou le travailleur en sursis ne peut pas se promener cinq minutes sans croiser des délinquants, des vêtements exotiques, des signes ostentatoires de l’islamisme… D’ailleurs l’ensemble du décor est terne et enlaidi : pollution sonore, visuelle (publicité, allogènes aux trognes patibulaires, dégradations, éoliennes, autoroutes…), électro-magnétique, atmosphérique… Les hommes sont progressivement remplacés par des machines et des robots. De ce fait, la politique à long terme que représentent la culture et la diplomatie sont absentes des préoccupations immédiates, et c’est dramatique, comme le montre encore une étude comparative internationale récente qui acte l’effondrement du niveau scolaire en France, toutes disciplines confondues, malgré l’énorme budget consacré. La francophonie disparaît ainsi peu à peu, remplacée à la fois par un sous-anglais ‘globish’ et des patois étrangers, à la fois dans les écoles, dans les médias, dans les entreprises et dans la rue.

 

Franck ABED : Pourriez-vous nous présenter votre dernier livre ?

Jean-Yves DUFOUR : Après La France face au mondialisme (2011) qui développait les concepts de souverainisme, d’européisme et de mondialisme, et Résistance et Tradition (2013), qui revenait sur les paradigmes traditionaliste et moderniste, j’ai écrit un roman, L’ombre au sommet, qui vient d’être publié aux éditions helvétiques Bibracte (ville où Vercingétorix fut désigné chef des tribus gauloises).

Il s’agit d’un roman politique initiatique qui mêle réflexions, dialogues et action, dont le thème de fond, relativement bien développé, est l’ingénierie sociale. Sur la forme, j’avais l’ambition de croiser Petit frère d’Eric Zemmour, pour les nombreuses discussions politiques, et Christine de Stephen King, pour ce qui est de l’évolution psychologique du héros. Sur le fond, l’histoire peut rappeler Oliganarchy de Lucien Cerise ou les romans d’anticipation d’Antoine Bello, mais reste totalement originale et personnelle. Aux lecteurs de juger !

Entretien avec Franck Abed pour Vu de France (2014)

18/01/2014

Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ?

Bonjour et merci de votre intérêt pour mon travail. J’ai vingt-huit ans, j’ai suivi des études de philosophie, de mathématiques, d’informatique et de management et je travaille comme ingénieur d’études depuis bientôt quatre ans.

J’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la politique après le non au référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne, écœuré par la façon dont la classe politico-médiatique avait traité le vote du peuple. Au bout de plusieurs années de recherches et d’innombrables lectures, après avoir dégagé suffisamment d’éléments et un argumentaire précis contre l’euromondialisme – ce qui n’existait pas – j’ai décidé d’écrire un livre, La France face au mondialisme (2011), ne contenant que des informations factuelles et vérifiables, accessible au public non politisé. Vous l’aviez d’ailleurs chroniqué très favorablement à l’époque et je vous en remercie. J’ai publié un second ouvrage le mois dernier, Résistance et Tradition (2013), qui développe les principes philosophiques et métapolitiques, qui découlent de la Tradition, et que je préconise pour résister à l’idéologie mondialiste, sur les plans personnel et collectif.

 

Quelles sont les idées que vous défendez ? Et pour quelles raisons ?

Je défends avant tout la souveraineté de la France, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance de notre pays. Cela ne signifie pas se fermer à l’extérieur, comme le Système tente de le caricaturer, mais décider nous-mêmes, sans l’ingérence d’agents étrangers ou intérieurs (par exemple les lobbies), de notre politique, quelle qu’elle soit : économique, sociale, monétaire, fiscale, diplomatique, militaire, migratoire, etc… C’est là l’idée maîtresse, la cause de mon engagement. De manière plus générale et philosophique, je dirai que je défends l’idée de liberté (je parle bien de liberté, pas de caprices), que je place (contrairement aux collectivistes) au-dessus de l’égalité.

 

Quelle est pour vous la principale menace qui pèse sur la France ?

A mon sens, il y a plusieurs menaces graves, mais qui ne se situent pas dans la même échelle temporelle. A court terme, il y a le marché transatlantique, qui risque d’achever ce qu’il reste d’entreprises en France et d’acculer à la misère des millions de Français. A moyen terme, c’est une régression radicale de l’esprit, une menace contre toute forme de liberté, de se déplacer, de se réunir, de s’exprimer et même de penser. Et tout ce qui n’est pas interdit risque d’être surveillé de très près par une technologie intrusive. A plus long terme, il s’agit de la menace de disparition pure et simple de la France et des Français, définitivement submergés par une immigration incontrôlable et incontrôlée. En d’autres temps, on aurait appelé ça une invasion.

 

Pensez-vous que la France disparaîtra ou qu’elle se relèvera  (et si oui comment) ?

Si je n’y croyais pas, au lieu d’écrire et de militer pour réveiller mes compatriotes, en prenant des risques financiers et professionnels, j’aurai utilisé mon temps de manière beaucoup plus égoïste ! Je persiste à croire que les dangers que j’ai énumérés plus haut ne parviendront pas à effacer la France, parce qu’ils n’en auront pas le temps. Le peuple commence à être excédé – pas les assistés, mais les travailleurs, qui finissent par se demander si cela vaut la peine d’aller travailler, alors que les parasites sont laissés tranquilles, tant économiquement qu’en matière judiciaire. Les gens commencent à comprendre que le Système les prend pour des cons, on pourrait presque remercier le gouvernement d’aller si loin dans la bêtise, l’hypocrisie et la fuite en avant. L’armée aussi gronde, et un coup d’Etat, même s’il n’est pas pour demain, n’est pas à exclure. Cependant, la solution la plus pacifique de reprendre le pouvoir serait la grève générale.

 

En 2014 les élections municipales se tiendront en France. Certains craignent ou espèrent une montée du Front National. Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas favorable à la politisation des municipalités, et je ne vote pas à ces élections en fonction des étiquettes mais en fonction des personnes et de leurs projets. En ce qui concerne le FN, c’est assez drôle de voir qu’il défend finalement les valeurs que le Système prétend (ose prétendre) défendre : la République, la démocratie, la laïcité… Je ne suis ni spécialement républicain ni spécialement démocrate, mais je considère que c’est un devoir de soutenir le parti souverainiste le mieux placé, en l’occurrence le FN. C’est la raison pour laquelle j’ai été suppléant de mon amie Louise Buchmann aux élections législatives de 2012 (dans la quatrième circonscription des Vosges, puisque je suis lorrain) pour le SIEL, parti de droite souverainiste et appartenant au Rassemblement Bleu Marine. J’espère et je pense que le FN arrivera en première place aux élections européennes qui suivront, ainsi que de manière générale les partis souverainistes dans toute l’Union européenne.

 

Certains évoquent l’Islam comme une menace mortelle pour la France et l’Europe. L’Islam est souvent considéré comme l’ennemi numéro 1. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que l’islam soit l’ennemi numéro un. Le principal danger, c’est l’idéologie mondialiste, et son incarnation, la mise en place du nouvel ordre mondial. L’islamisation (la menace ne serait pas l’islam en tant que tel mais son expansion voire sa domination en France et en Europe) n’est qu’une composante de ce système, la conséquence d’une immigration massive. Au risque d’être méprisant, je ne crois pas à cette menace : les musulmans qui vivent en Europe sont beaucoup plus matérialistes que ne le laisse supposer leur religion, très individualistes et égoïstes au sein même de leur communauté, incapables de se mettre d’accord (mais ni plus ni moins, hélas, que les patriotes français), et très occidentalisés, je dirai même en moyenne plus américanisés que les Européens eux-mêmes. Je suis bien évidemment contre l’islamisation de la France et de l’Europe, mais je pense que les musulmans doivent être tolérés (j’utilise ce mot dans son sens premier, synonyme de ‘supporter’) s’ils respectent nos lois et notre mode de vie, à condition de les défendre nous-mêmes, ce que le pouvoir ne fait plus depuis des lustres. Cette menace paraît grande du fait de sa visibilité (femmes voilées, publicité faite au ramadan, etc…) mais elle n’a pas la profondeur qu’elle affiche.

 

Quel regard portez-vous sur l’affaire Dieudonné qui semble déjà retombée dans l’oubli ?

J’ai vu Dieudonné dans son bus lorsqu’il était interdit de jouer dans des salles, j’ai regardé presque tous ses spectacles par écran interposé. Il peut être très drôle mais je ne le trouve pas extraordinaire non plus. Son mérite a été de refuser de se coucher devant les injonctions du Système. Je ne crois pas que Dieudonné soit antijuif (puisque c’est le sens donné au mot ‘antisémite’). Quand on a vu ses spectacles, on peut constater sans hypocrisie qu’il ‘tape’ sur tout le monde, comme tout comique devrait le faire, en tout cas devrait pouvoir le faire, sans être inquiété. Dieudonné est un ennemi pratique pour le Système : le choix résiderait entre un clown et le gouvernement (une troupe de clowns). L’ironie, c’est que Dieudonné rassemble dans ses spectacles la France des ‘blacks-blancs-beurs’ (prétendument) défendue par le Système. Sa ‘quenelle’ est un geste antisystème à la portée de n’importe quel opposant. Le Système a peur, il doit diviser pour régner et empêcher tout rassemblement. Mais quand on a peur, on fait n’importe quoi, et au-delà du cas Dieudonné, il semble que la jurisprudence qui a suivi cette affaire représente à l’avenir un danger pour la liberté d’expression et même la liberté en général.

 

Quelles sont vos références intellectuelles ?

Je n’ai pas de maître à penser, je prends partout ce qui me semble intéressant. Je sais que certaines personnes ne sont pas capables de distinguer les apports des uns et des autres et se sentent obligées de tout prendre ou de tout rejeter en bloc. Tant pis pour elles. Mais s’il faut choisir, je dirai que les intellectuels qui ont dégagé la meilleure vision du monde selon moi sont René Guénon et Julius Evola. Je pourrai en citer d’autres, comme Georges Bernanos, Alexandre Soljenitsyne et Charles Maurras, ou contemporains comme Philippe de Villiers, Paul-Marie Coûteaux et Yvan Blot. Mais finalement il suffit de lire les romans dits d’anticipation des écrivains britanniques Orwell, Huxley et Wells pour saisir simplement ce qui arrive aujourd’hui. Pour répondre complètement à la question, je dois dire que mes véritables références sont davantage des hommes d’action que des purs intellectuels : Léon Degrelle et le docteur Henri Martin.

 

Enfin que pensez-vous de l’alternative catholique et royale comme solution aux maux de notre pays ?

Je défends justement dans Résistance et Tradition la monarchie royale comme système institutionnel idéal. La démocratie peut être intéressante au niveau local, mais au niveau national il est nécessaire d’avoir de la cohérence, de la hauteur et la continuité de l’Etat pour gouverner correctement. Je précise que la monarchie n’est pas une dictature. Le principe de subsidiarité doit d’ailleurs s’appliquer au maximum pour rendre au peuple sa liberté.

Concernant la religion, bien sûr, le roi de France ne pourra être que catholique, comme le disait Chateaubriand. Mais d’une part il n’est pas question de forcer les gens à croire ou à pratiquer – donner l’exemple et être fier de son histoire doit être nécessaire et suffisant – et d’autre part je me méfie beaucoup de nombre de chrétiens, que j’appelle ‘universalo-œcuméniques’, et qui malgré toutes leurs déclarations patriotiques choisiront toujours in fine le mondialisme plutôt que leur nation.

Attention, néanmoins : ce que vous appelez « l’alternative catholique et royale » ne permettra pas seule de résoudre tous les problèmes. C’est comme la sortie de l’euro : il ne s’agit que d’un préalable, d’une solution nécessaire mais certainement pas suffisante.

Article - Snowden et la NSA (2013)

15/06/2013

Edward Snowden, un jeune informaticien américain, a défrayé la chronique et effrayé l’Amérique. Ce trentenaire, plutôt libertarien, qui a été analyste pour la CIA et administrateur systèmes pour un prestataire de la NSA, gagnait très confortablement sa vie lorsqu’il a décidé de la sacrifier pour une cause qui lui tenait à cœur : la confidentialité des flux d’informations électroniques mondiaux. Mi juin 2013, le jeune homme, qui venait de donner des informations secrètes à la presse britannique (The Guardian) et américaine (The Washington Post), ne cache plus son identité et annonce s’être refugié à Hong Kong. Il part ensuite en Russie et de l’aéroport international Cheremetievo de Moscou, demande l’asile politique à plusieurs pays, notamment sud-américains. Cela crée des tensions entre les Etats-Unis et la Russie, et Vladimir Poutine finit par accepter que Snowden reste en Russie à condition qu’il ne « nuise plus » à son pays d’origine tant qu’il se trouvera sur le sol russe. En réalité, Poutine a peur que les Etats-Unis ne fassent à nouveau la chasse aux espions russes sur le sol américain (comme le programme Illegals du FBI qui avait conduit à une dizaine d’arrestations en 2010). Afin d’assurer sa sécurité, Snowden aurait confié des documents secrets à plusieurs contacts dans le monde et exerce ainsi un chantage sur leur divulgation.

 

Mais quelle est donc la teneur des informations révélées par Snowden ? En premier lieu, il y a les écoutes par les Etats-Unis de leurs citoyens, et en second lieu la captation et l’interception par les Etats-Unis et dans une moindre mesure par le Royaume-Uni des communications provenant des autres pays du monde. Aucun n’est épargné : Amérique latine, Chine, Moyen-Orient, Union européenne même, dont les dirigeants savent très bien qu’ils ne sont pas les alliés des Etats-Unis mais leurs vassaux. Le parlement européen, par exemple, connaît depuis plus de quinze ans, notamment grâce à son comité STOA (Science and Technology Options Assessment) et à l’ancien eurodéputé allemand Gerhard Schmid, le réseau d’espionnage économique satellitaire anglo-saxon Echelon. Plusieurs biais sont utilisés : les opérateurs téléphoniques (qui sont forcés de collaborer), le matériel (comme les smartphones Blackberry), les systèmes de transmission (comme la fibre optique) ou encore les serveurs des géants des technologies de l’information et la communication (spécialement Microsoft, Google, Apple et Facebook). Sont donc concernés les utilisateurs de n’importe quel type d’appareil électronique. Il est par exemple possible que tous les ordinateurs récents disposent à l’insu de leurs propriétaires de points d’entrée pour les agences américaines de renseignement, la NSA ayant participé de manière non négligeable et presque exclusive à l’élaboration des versions 7 et supérieures du système d’exploitation Windows[1].

 

Après les attentats du 11 septembre 2001, de nombreuses lois ont été votées, comme les USA PATRIOT acts (d’ailleurs à peine plus d’un mois après l’effondrement des tours du World Trade Center, ce qui indique que ces textes – de surcroît bien plus précis que les textes de droit états-uniens habituels – étaient déjà au moins partiellement rédigés avant ces événements), des programmes de surveillance mis sur pied, comme PRISM (qui concerne exclusivement des personnes situées en-dehors des Etats-Unis) en 2007 (toujours sous l’administration Bush) ou encore l’exploitation secrète des données du géant des transactions bancaires informatiques SWIFT. L’essayiste Michel Ruch a parfaitement décrit ce système de domination[2].

 

La soumission de la France et de l’Europe à l’empire américain a pu se constater une nouvelle fois début juillet 2013 lorsque l’avion du président bolivien Evo Morales s’est vu contraint d’atterrir à Vienne, faute d’autorisation de survoler une partie du territoire européen, en violation des lois du trafic aérien. La raison ? Certaines rumeurs prétendaient qu’Edward Snowden était à bord de l’avion présidentiel. Malgré le recul immédiat des autorités françaises, les relations entre la France et la Bolivie se sont détériorées : l’affaire risque d’être portée jusqu’à l’ONU et les ambassadeurs des pays du MERCOSUR en poste en France, en Italie, en Espagne et au Portugal ont été rappelés. En France, seuls le Front national, les Verts et le Front de gauche ont réclamé l’asile pour Snowden.

 

Les dirigeants européistes ont fait mine de se scandaliser des révélations de Snowden, mais tous savaient que les pays de l’UE étaient depuis longtemps (voire dès l’origine) sous le contrôle des Etats-Unis (y compris à travers l’OTAN). Même Daniel Cohn-Bendit a fini par s’interroger sur le bienfondé de la poursuite du projet qui achèvera d’enterrer l’idée même d’indépendance européenne que constitue le marché transatlantique prévu pour 2015. Les élections européennes de 2014 seront la dernière chance de stopper démocratiquement ces terribles desseins.

 

[1] Cf Yannick Harrel, La cyberstratégie russe (2013).

[2] Michel Ruch, L’empire attaque (2007).

Article - Vente à perte (2013)

25/05/2013

La vente ou revente à perte est une pratique économique réglementée et encadrée, considérée comme déloyale et interdite en France, comme dans d’autres pays européens (Belgique, Espagne, Italie, Luxembourg et Portugal – notons que la plupart de ces pays sont de tradition catholique) en-dehors de quelques plages bien définies (périodes de soldes, au nombre de quelques semaines par an, concernant des articles passés de mode) et de cas particuliers (par exemple les denrées périssables), puisqu’elle consiste pour un commerçant à vendre un produit à un prix inférieur à son prix d’achat et pour un producteur à un tarif qui ne permet pas de compenser son coût de production. Une entreprise pourrait agir ainsi dans un court laps de temps permettant de casser les prix et de se débarrasser (c’est d’ailleurs le sens du mot dumping) de ses concurrents, incapables de faire face à cette situation. Cette interdiction vient d’être remise en cause par la Cour de justice de Luxembourg, c’est-à-dire l’organe judiciaire de l’Union européenne, qui a rendu une ordonnance le 7 mars 2013, allant dans le sens d’une autorisation de la revente à perte. Cette position se base sur la directive 2005/29/CE du 11 mai 2005 qui vise à l’harmonisation des pratiques commerciales. Le droit européen primant sur le droit national, il n’est théoriquement pas possible d’interdire aux Etats quelque chose qui n’est pas spécialement illégal au niveau communautaire : les normes les plus souples et les plus laxistes doivent s’appliquer au détriment des moins permissives. La ministre du commerce Sylvia Pinel ne peut que préparer sa défense, comme une vulgaire mise en examen. Il s’agit là encore d’un bel exemple de la soumission de nos dirigeants à une autorité supranationale illégitime.

 

Il va de soi que cette autorisation serait dramatique pour l’emploi, déjà largement mis à mal par la désindustrialisation et la grande distribution. L’objectif mis en avant est la défense du consommateur, qui pourra ainsi bénéficier de la baisse des prix, soit le même argument que le libre-échange débridé imposé par l’OMC dans les années 1990 qui a peut-être servi le consommateur mais a transformé les travailleurs en chômeurs. Finalement, le solde est négatif et il en sera de même avec cette nouvelle mesure : même si les prix baissent, les petits commerces n’auraient pas le temps de s’adapter et mourraient. Le président de la fédération nationale de l’habillement, Bernard Morvan, expliquait ainsi sur RTL début mai 2013 que « la concurrence effrénée des distributeurs emmènerait les réseaux de boutiques indépendantes et les petits magasins de proximité à mettre la clé sous la porte ».

Mais il ne s’agit là que d’une mesure supplémentaire visant à détruire le travail en Europe, avec les mêmes méthodes (l’ouverture de plus en plus de magasins le dimanche par exemple, réclamée par certains députés socialistes, nuit aux salariés sous couvert de rendre service aux consommateurs). Citons également la fin programmée du CDI dans le cadre d’une loi sur la « sécurisation de l’emploi » (encore un usage exemplaire de la novlangue orwellienne) dont la cause primaire est encore et toujours l’harmonisation européenne, un nivellement qui ne peut se réaliser que par le bas. Rappelons le mot de Montesquieu : « Dans une nation libre, on travaille plus pour acquérir que pour conserver. Dans une nation qui est dans la servitude, on travaille plus à conserver qu'à acquérir ».

 

Article - Chypre (2013)

25/03/2013

Il semble que l’île de Chypre soit désormais totalement occupée : les deux tiers qui ne sont pas contrôlés par la Turquie le sont à présent par ce que l’on a appelé la « troïka », c’est-à-dire la Commission de Bruxelles, la banque centrale européenne et le fonds monétaire international. Ces institutions sont comme l’Ankou : si vous les entendez grincer, prenez vos jambes à votre coup. Dans un premier temps, il était question de proposer, ou plutôt d’imposer aux Chypriotes un plan de sauvetage de l’économie, au détriment des économies des particuliers, en allant jusqu’à taxer tous les dépôts bancaires (un peu moins de 7% en-dessous de 100.000 €, et presque 10% au-dessus). Ruiner le peuple pour sauver ce système d’endettement perpétuel et l’euro, il fallait le faire. Les habitants ont donc commencé à retirer leur argent des banques, avant de s’apercevoir rapidement que c’était impossible : distributeurs de billets vides, sites web bloqués, agences fermées… Le scénario cauchemardesque des pires théoriciens du complot devenait réalité ! Evidemment, la propagande veille à toujours présenter ces mesures comme exceptionnelles et absolument nécessaires, peut-être pas la meilleure solution mais néanmoins la moins mauvaise, de toute façon il n’y a pas d’alternative… Le baratin habituel. A chaque fois, il y a une bonne explication spécifique à un problème lié à l’euro : le truchement des comptes de la Grèce (par ceux-là mêmes qui l’ont forcée à adopter la monnaie unique), la bulle immobilière en Espagne… pour Chypre, c’est le paradis fiscal (somme toute modeste) et l’hyper financiarisation. La situation en Grèce a également eu de graves conséquences sur Chypre, qui possédait beaucoup d’obligations grecques et a perdu presque la moitié des dix milliards du plan de sauvetage. Finalement, dans un second temps, après le rejet de ces mesures, un autre plan a vu le jour, contournant d’ailleurs le parlement chypriote : les dépôts des épargnants de moins de 100.000 € ne seront pas taxés. Ceci dit, le peuple est quand même touché puisqu’un budget d’austérité a déjà été voté début 2013, sur le même modèle que dans les autres pays d’Europe du sud : augmentation des impôts, privatisations, recul de l’âge de la retraite, baisse des pensions… De plus, il s’agit tout de même d’un racket institutionnel, d’une violation de la propriété privée, base de la démocratie.

 

Cette attaque peut s’interpréter comme une sorte de test pour observer les réactions des citoyens, sachant qu’aucun pays de la zone euro n’est vraiment à l’abri de telles mesures. L’eurodéputé britannique Nigel Farage, lui-même ancien trader, a déjà appelé à un « bank run ». Un plafond de cent euros par jour a été décidé par la banque nationale de façon à limiter au maximum les retraits. Contrairement à ce que feignent de croire les hommes politiques, et de l’aveu même de Natixis, les banques chypriotes sont très peu liées à l’Europe, excepté la Grèce. Ce qui plaiderait pour une expérience grandeur nature, qui pourrait d’ailleurs se poursuivre en Espagne et même en Nouvelle-Zélande.

 

Cette opération soudaine peut également s’interpréter comme une attaque contre la Russie. En effet, une partie importante des dépôts chypriotes proviendrait du blanchiment d’argent d’oligarques russes et l’aide financière serait soumise à l’organisation d’un audit sur l’argent sale. Mais si les capitaux russes quittent l’île, les conséquences pourraient avoir des répercussions contre-productives voire dangereuses : augmentation du chômage, vengeance des mafias… Quoiqu’il en soit, de telles atteintes sont clairement criminelles : après le premier rejet du plan d’aide, Mario Draghi, le président de la BCE, avait menacé l’île de blocus monétaire, ce qui aurait stoppé tous les échanges et aurait entraîné violences, émeutes et famine. Cette histoire sonne comme un avertissement aux peuples européens qui ne se soumettraient pas au diktat des technocrates de l’Union européenne.

Article - Budget de l'UE 2014-2020 (2013)

24/02/2013

L’actualité enchaîne les gros titres sur la viande de cheval non déclarée, le mariage unisexe, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui (encore une preuve que socialisme et libéralisme ne sont que les deux faces de la même pièce émise par les banksters d’un système purement matérialiste)… Mais tout ceci n’est que la conséquence du transfert de souveraineté des Etats au profit de l’Union européenne puisque ce sont désormais la Commission de Bruxelles, le Conseil de l’Europe et la cour de Luxembourg qui font la loi sur le continent, à coups de règlements, de directives et de jurisprudences. Il est donc assez amusant d’entendre et de lire ces derniers jours, après un accord de compromis entre les vingt-sept gouvernements des pays membres emmenés par le Fonctionnaire Inconnu Herman van Rompuy sur le futur budget européen septennal couvrant la période 2014-2020, que ce budget ne serait pas assez élevé. Il atteint quand même les 960 milliards d’euros, mais le précédent était supérieur de 30 milliards… C’est le kommissaire-en-chef José Manuel Barroso qui n’est pas content. Il faut dire que la plupart des parlementaires européens, euro-béats, ne sont pas contents non plus et menacent même de ne pas le voter. La paix européenne se transforme en guerre larvée : les pays du nord, qui ont notamment des crédits pour développer leur recherche et leurs infrastructures, en ont marre de subventionner les fainéants des pays du sud et de l’est ; ces derniers accusent les Anglais de saboter l’Europe de l’intérieur, ce que dès les années 1960 le général De Gaulle avait compris qu’ils feraient s’ils entraient dans le marché commun institué par le traité de Rome. La « crise », érigée en système de domination par la dette, ne permet plus les grands projets européens, et l’austérité poursuit inexorablement sa percée, tandis que des députés grecs qui manifestent au côté de leur peuple dont ils ne sont que les représentants, se font tabasser démocratiquement par la police d’Athènes. Patience citoyens français, l’abaissement de votre SMIC finira également par être entériné, les banquiers de Goldman Sachs l’ont déjà proposé.

 

Finalement, comme tous les compromis, ce futur budget ne fait vraiment plaisir à personne (à part peut-être les eurosceptiques britanniques, qui de toute façon ont envie de quitter le navire dès que possible en s’appuyant sur un référendum) : les eurocrates ont la désagréable sensation de perdre un peu de leur pouvoir (qu’ils se rassurent, le Daily Telegraph a déjà révélé qu’il serait utilisé à bon escient, des patrouilles de « trolls » vont être financées pour mentir et encenser sur les réseaux sociaux cette construction européenne destructrice de ce qui a fait la civilisation européenne) mais les souverainistes considèrent ce budget somme toute presque égal au précédent encore beaucoup trop élevé, alors que l’UE au mieux empêche de régler les problèmes au niveau national, et au pire crée de nouveaux problèmes et des dépenses inutiles.

 

Profitons-en pour dénoncer l’hypocrisie de tous les européistes à la petite semaine. La réduction du budget de la politique agricole commune par exemple (même si elle est plus faible pour la France, avant tout terre agricole, que pour d’autres pays), ne devrait pas être une surprise puisque l’ancienne commissaire européenne à l’agriculture Mariann Fischer Boel avait annoncé en décembre 2006 la fin de la PAC, en expliquant qu’il faudrait que les agriculteurs se trouvent un salaire d’appoint à partir de 2013 s’ils voulaient survivre. De même, presque tous les eurodéputés se plaignent d’un budget minimal, qui ne permet pas de relancer l’économie et de concurrencer la production des Etats-continents comme les Etats-Unis, l’Inde et la Chine, alors que ça ne les gêne absolument pas d’interdire toute forme de protectionnisme européen (à l’instar du marché commun original), tout quota, toute taxe aux produits d’importation. Au contraire, ils encouragent le libre-échangisme mondialiste au nom de la liberté de circulation, valable pour les hommes, les marchandises et les capitaux. Nous leur rappellerons le mot de Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ».

Cette situation n’est pas un choix : l’austérité est nécessaire dans ce paradigme euromondialiste puisqu’aucune décision conséquente n’est prise. Et comme il s’agit d’un cercle vicieux, l’austérité empêchant la croissance, qui entraîne à son tour faillites, licenciements et chômage, la situation se dégradera petit à petit sur tout le continent. Il est prévu de sacrifier les peuples sur l’autel de l’euro, puisqu’il n’est pas question de revenir sur le dogme de la monnaie unique. Heureusement, si les pseudo-dirigeants ont perdu l’esprit, il se trouvera toujours des gens du peuple pour se lever et le leur faire savoir.

Article - TSCG (2012)

02/10/2012

Le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), initié par l’Allemagne et signé le 2 mars 2012 en tant que pacte budgétaire européen, sera soumis à la ratification de l’assemblée nationale le 2 octobre. Il pourra entrer en vigueur le 1er janvier 2013 s’il est ratifié par au moins douze Etats de la zone euro. Ce petit traité international (et non pas soumis au droit communautaire européen) de seize articles est l’ultime abandon des souverainetés nationales des pays membres de l’UE, la souveraineté budgétaire étant même une prérogative parlementaire historique. Bien que le Conseil constitutionnel ait jugé qu’il n’y avait pas « atteinte aux conditions essentielles d'exercice de la souveraineté nationale », la constitutionnaliste Anne-Marie Le Pourhiet remarque que « l’on est très au-delà du traité de Lisbonne et que l’atteinte supplémentaire aux conditions d’exercice de la souveraineté nationale est flagrante ». Nous allons maintenant étudier d’un peu plus près ce texte (approuvé autant par Nicolas Sarkozy que par François Hollande) et ses conséquences.

 

Le TSCG impose tout d’abord la fameuse « règle d’or » qui est la double interdiction d’un déficit structurel supérieur à 0,5% du PIB et du montant de la dette publique à plus de 60% du PIB. Presque aucun pays ne respecte actuellement ces critères. Pour la France, l’effort budgétaire à fournir pour être « normalisée » serait de 1,5% par an. Cette règle d’or doit être introduite comme ayant valeur constitutionnelle, sans délibération parlementaire et sous contrôle suprême de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). De manière générale, les budgets nationaux seront validés par la Commission de Bruxelles avant leur soumission parlementaire à l’échelon national, puis surveillés par la « troïka » (Commission européenne, FMI et BCE) et en France par un comité budgétaire indépendant dirigé par le président de la Cour des comptes (le socialiste Didier Migaud). Seuls les Etats ayant ratifié le TSCG pourront bénéficier du mécanisme européen de stabilité (MES). En cas de non respect, la Commission mettra l’Etat délinquant sous tutelle et l’obligera à effectuer des réformes structurelles. Des sanctions seront prises automatiquement (à moins d’obtenir une improbable majorité qualifiée de 72% des Etats membres) et la Commission pourra s’approprier le contrôle de l’administration d’un Etat qui n’établirait pas les mesures imposées. La Grèce se trouve actuellement dans cette situation. Il s’agit officiellement de tendre vers une politique économique commune, une coordination fiscale (à travers le pacte Europlus) et à terme un impôt européen. Nous voilà donc devant une fuite en avant fédéraliste, mais où la centralisation est telle que la bureaucratie prend le pas sur la démocratie. Les peuples européens seront soumis à quelques juges et banquiers, pour qui les principes d’Etat de droit et de séparation des pouvoirs n’auront plus de sens.

 

Le pire, c’et que ces mesures de toute façon ne permettront pas de sauver la situation. La cour constitutionnelle de Karlsruhe par exemple n’a garanti qu’un montant de 190 milliards d’euros. Il est donc possible que cédant à la pression populaire le parlement allemand bloque un prochain plan de renflouement européen. Mais même sans cela, tout redressement sera empêché par cette austérité programmée. Puisque tout est ramené à la dette et au déséquilibre budgétaire dans une période de récession, chaque bouffée d’oxygène sera combattue. Le pacte pour l’euro du 11 mars 2011 définit ainsi les « meilleures pratiques » en matière de réforme économique. Mais la politique économique étant totalement déconnectée des peuples, ce qui est considéré comme bon pour l’économie par les technocrates sera fatal pour les citoyens. La mission primordiale des commissaires de Bruxelles aura été de libéraliser au maximum. Les réformes structurelles « nécessaires » ont donc pour objectif la compétitivité accrue dans un contexte de libre-échangisme international qui met en concurrence tous les pauvres de la planète, ce qui consiste simultanément à baisser les salaires du privé comme du public, rendre les licenciements plus souples, reculer l’âge de la retraite, privatiser les services publics (c’est-à-dire les faire disparaître), supprimer la sécurité sociale, réduire les allocations et notamment le chômage, détruire le système de santé là où il existe encore…

 

Il ne s’agit plus seulement de guerre économique mais de guerre sociale. Et ce n’est pas le « budget de combat » du premier ministre Jean-Marc Ayrault qui permettra de sortir de la crise (par exemple de réindustrialiser la France et l’Europe), avec ses hausses massives de taxes et d’impôts (y compris les droits de succession) qui n’épargneront personne. Pour les travailleurs français, c’est la fin de la défiscalisation des heures supplémentaires. Même l’économiste socialiste Thomas Piketty, pourtant inspirateur du programme, dénonce les « nuls » qui ont choisi « la façon la plus hypocrite et la moins juste d’augmenter les impôts ». En Grèce, la troïka envisage de faire travailler les salariés six jours par semaine, pour le même prix. Mais il n’est pas question de sortir de l’euro, mesure indispensable (bien qu’insuffisante) pour redresser la barre. Les pays de l’UE les plus durement touchés par la crise, comme la Grèce et le Portugal, connaissent de nombreuses manifestations violentes. Si les medias français passent ces événements sous silence, ils sont à la une des journaux étrangers. Le peuple français doit réagir avant qu’il ne soit trop tard.

Article - Américanisation (2012)

29/08/2012

La France n’existe que par la politique, parce qu’elle est avant tout un Etat qui est seul capable de maintenir unifiées, s’il est suffisamment puissant, les différentes provinces françaises, de la Bretagne à l’Alsace. Notre nation est ainsi éminemment politique, son histoire très riche mais son équilibre fragile. Notre devise nationale elle-même nous rappelle cette stabilité précaire, la fraternité seule permettant de concilier liberté et égalité, qui autrement s’opposeraient. Cette conception est totalement différente de celle des Etats-Unis d’Amérique, et pourtant, sur la forme comme sur le fond, force est de constater l’américanisation de la politique française.

 

Sur la forme, relevons par exemple l’accroissement du poids politique et médiatique des deux principaux partis au détriment de tous les autres, à l’instar des partis « républicains » et « démocrates » états-uniens. L’organisation interne des partis politiques français fonctionne de plus en plus comme leurs homologues d’outre Atlantique, avec l’organisation d’élections primaires extrêmement médiatisées pour en désigner les chefs, comme s’il s’agissait déjà d’un premier tour de l’élection présidentielle. La « peoplisation » des hommes politiques est également un phénomène américain assez récent en France, où le combat des idées était supérieur aux rivalités personnelles. Ce n’est plus vraiment le cas aujourd’hui et cette dégradation intellectuelle est fortement liée à l’abandon du pouvoir politique en faveur de la finance et d’institutions supranationales, qu’elles soient européennes ou mondiales.

C’est ainsi que sur le fond, la politique française s’américanise. La gauche par exemple a largement intégré le système libéral de marché, et qu’elle se définisse comme « progressiste », « moderne » ou « européenne », elle milite pour le même ultralibéralisme (libre circulation des personnes, des marchandises et des capitaux) que la droite. Autrement dit, comme aux Etats-Unis, il n’y a plus de différences économiques et politiques entre les deux grands partis. L’UMP et le PS – même si certains à l’intérieur de chaque parti y sont hostiles – défendent majoritairement l’ultralibéralisme, l’Europe de Bruxelles, l’euro, la nécessité de l’immigration massive… Par conséquent, les différences et donc les élections ne se jouent plus hélas que sur des sujets de société ou de libertés individuelles, qui sont notamment la fiscalité, la conception de la vie (législation en matière de peine de mort, d’avortement, d’euthanasie et de manipulations génétiques), la légalisation de la drogue et le mariage entre individus du même sexe. Nous retrouvons ici la conception anglo-saxonne individuelle de la politique, basée sur un Etat très libéral, qu’il s’agisse de mœurs ou d’économie, alors que l’histoire de France est basée sur une conception collective de la société, comme en témoignent par exemple nos traditions de laïcité, d’assimilation des immigrés et de rejet du communautarisme (au contraire des Anglo-Saxons, qui nous ont d’ailleurs exporté leur concept de discrimination positive, repris par notre ancien président de la République, surnommé à juste titre « Sarkozy l’Américain »).

 

En France, l’administration est stable, quel que soit le gouvernement, même si bien entendu certains hauts fonctionnaires peuvent être affectés à un autre poste que celui qu’ils occupent selon leurs affinités avec le pouvoir. Aux Etats-Unis, c’est un système très différent puisque l’administration fédérale est remplacée par le président nouvellement en exercice. Pour ne pas subir ces changements à répétition qui nuisent à la continuité gouvernementale, les Américains ont mis en place une sorte d’administration parallèle fixe, qui comprend une partie occulte (l’Etat profond) et une partie publique qui est notamment représentée par le CFR (Council on foreign relations, ou conseil des relations étrangères). C’est là qu’est principalement élaborée la politique américaine (essentiellement la diplomatie et la défense, l’économie faisant plutôt consensus aux Etats-Unis). Cependant, malgré cette différence primordiale entre les deux pays, la France conçoit de plus en plus sa politique dans des cercles privés, appelés « think tanks » (réservoirs de pensée), comme le Siècle, l’IFRI (Institut français des relations internationales, équivalent du CFR dont le président-fondateur est Thierry de Montbrial) ou Terra Nova.

 

Les Américains n’exercent aucune pression sur les politiciens français pour qu’ils copient leur modèle. Il s’agit globalement d’un phénomène mimétique presque inconscient, qui révèle néanmoins que nos élites s’inspirent du système américain, l’admirent, y sont même souvent formées. La suprématie de l’anglais sur la langue française est bien sûr liée à cette hégémonie culturelle, qui est aussi politique (ce qui rejoint la théorie de Gramsci). Les principales organisations internationales sont en fait états-uniennes, comme l’OTAN et le FMI. Rappelons que la politique étrangère et de sécurité commune de l’Union européenne doit être compatible avec celle de l’OTAN. La mondialisation est en fait essentiellement une américanisation du monde et la politique n’est pas un secteur qui fait exception à cette règle.

Article - Souveraineté budgétaire (2012)

20/08/2012

Les hommes politiques, naguère hommes d’Etat, ont été transformés depuis cinquante ans en politiciens, voire aujourd’hui en pantins débiles. Les serviteurs de l’Etat sont devenus des gauleiters de second ordre dans une zone occupée. Exceptionnellement dans l’histoire, l’occupant n’est pas entré par la force militaire, mais par la fourberie de textes juridiques, élaborés à l’étranger, qui grignotent inexorablement nos libertés – comme n’a cessé de le dénoncer Alexandre Soljenitsyne – avec la complicité de dirigeants imbéciles qui pour la plupart ne s’en sont même pas rendus compte (Marie-France Garaud disait que Jacques Chirac avait détruit la Vème République par inadvertance).

Les véritables ennemis d’une nation sont les puissances d’argent, et si De Gaulle les a combattues, Mitterrand les a tout du moins accusées. Aujourd’hui, nous sommes fondamentalement soumis à ces forces, qu’il s’agisse de la monnaie unique qu’est l’euro, du rachat de notre patrimoine par certaines entités comme le Qatar, des vampires de la finance mondialisée et de la spéculation, de la dette créée artificiellement par les banksters et des politichiens corrompus, et de la menace de cette dette agitée par la Commission de Bruxelles qui impose l’austérité – comprendre la privatisation générale de toutes les activités – prétendument la seule solution pour sortir de la crise. Comme l’explique l’essayiste Michel Ruch, « le but poursuivi est la liquidation totale du régime d’économie mixte, ainsi que la réduction à minima des services publics et de la protection sociale collective sous le principe dogmatique de la libéralisation », et tout cela rien qu’en observant les traités et textes législatifs européens. Dans cette optique, la Grèce et le Portugal servent de cobayes et sont les premières victimes de ce coup d’Etat des technocrates.

 

De tous les pans de la souveraineté nationale (en matière législative, judiciaire, commerciale, diplomatique, militaire, territoriale, monétaire…), le seul qui nous appartienne encore vraiment est lié au budget. Mais plus pour longtemps, car le récent traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance – en fait le pacte budgétaire européen – constitue, derrière le rempart de la discipline budgétaire, le contrôle des budgets des pays membres de l’Union européenne par la Kommission. Ce texte scélérat inauguré sous la présidence Sarkozy et dont la ratification est prévue en automne sous la présidence Hollande prouve une fois de plus la connivence de l’UMPS, et plus largement de la caste politico-médiatique, puisque bien entendu les faire-valoir du système ne perdent pas une occasion de vanter la victoire du président de la République sur la chancelière allemande ni l’énième sauvetage de l’Europe. Le nouveau ministre de l’économie et des finances Pierre Moscovici (membre du Siècle et Young Leader de la Fondation franco-américaine) s’est permis la double hypocrisie de qualifier l’acceptation de principe de ce traité par la France de renégociation – notamment grâce au fameux « paquet croissance », dont il suffit d’invoquer le nom pour enchanter le continent malgré l’austérité annoncée – et le refus d’insérer la « règle d’or budgétaire » (allant jusqu’à la qualifier de « mensonge politique ») dans la Constitution, alors que la valeur du texte européen est de toute façon intrinsèquement juridiquement supérieure. Les pseudo « Sages » du Conseil constitutionnel n’ont d’ailleurs pas jugé nécessaire de modifier notre Constitution, déjà suffisamment détricotée et amendée depuis 1958. Le parlement signerait alors la fin de sa prérogative historique, et abandonnerait la dernière parcelle de souveraineté française.

 

Même si la situation de la France n’est pas brillante, il faut raison garder : notre pays dispose encore de nombreuses ressources et la dette ne date pas d’hier. Si soudainement les dirigeants européens réagissent comme des inquisiteurs devant un hérétique, c’est parce que les Etats-Unis – où les eurocrates ont paradoxalement été formés – ont mis en œuvre un plan qui vise à empêcher les pays d’Europe de retrouver la liberté, la croissance et les emplois en reprenant les commandes de l’économie, de la finance et de la monnaie. Les Etats-Unis sont huit fois plus endettés que la France, mais cet état de fait n’a l’air de gêner personne. Ils utilisent exactement la même stratégie au niveau commercial : le libre-échange qu’ils imposent aux autres pays du monde sous prétexte d’ouverture des marchés et de liberté de circulation est lui-même un produit commercial conceptuel qu’ils refusent d’appliquer pour leur propre survie en ayant instauré un double système protecteur de taxes et de quotas d’importation.

Il faut bien nous faire comprendre : le problème n’est pas que les Etats-Unis se protègent et s’arment dans une guerre économique mondiale, mais il réside dans la lâcheté et la soumission de nos pseudo-élites qui nous trahissent et nous détruisent. Opposons-nous de toutes nos forces à la ratification automatique par le Congrès de ce traité budgétaire européen et exigeons un référendum sur cette question cruciale.

Article - Mondialisme (2012)

31/07/2012

On confond souvent les termes mondialisation et mondialisme. Ils ne sont pourtant pas du même ordre : la mondialisation est un phénomène presque naturel, de rencontres et d’échanges (de toutes sortes : échanges linguistiques, scientifiques, culturels, commerciaux…) entre des hommes issus de contrées différentes et qui n’ont pas les mêmes valeurs, les mêmes croyances, les mêmes modes de vie, les mêmes civilisations… Ces échanges sont globalement positifs car ils permettent de découvrir d’autres cultures, de prendre du recul et d’élargir sa vision du monde. A contrario, le mondialisme est une idéologie qui vise à uniformiser la pensée, les usages et les institutions pour finalement aboutir à la création partout sur le globe d’un homme d’un genre unique, l’ « homme moderne » (parce que cette évolution est présentée comme étant d’une part inexorable, allant dans le « sens de l’Histoire », et d’autre part positive, c’est-à-dire œuvrant pour le Bien de l’humanité tout entière), identique d’un bout à l’autre de la planète, régi par les mêmes valeurs , cohabitant dans le même système et obéissant aux mêmes maîtres. En droit, cette méthode est comparable à la suppression du principe de subsidiarité et à la centralisation de toute instance de décision.

 

À tous les niveaux, l’idéologie mondialiste étend son pouvoir et poursuit son œuvre :

  • aux niveaux politique et géopolitique, le mondialisme cherche à uniformiser les institutions et à détruire les nations : les organisations internationales remplacent peu à peu les Etats, qu’il s’agisse de blocs continentaux unifiés (Union européenne, ALENA, UNASUR, UA…) ou de véritables institutions mondiales (ONU, FMI), y compris sur le plan militaire (OTAN). Les gouvernements ont abandonné presque chaque pan de la souveraineté nationale et populaire.
  • au niveau commercial, il s’agit d’uniformiser les règles internationales et les produits de consommation, et donc pour cela les mondialistes doivent à la fois détruire les possibilités d’indépendances locales (par exemple en matière alimentaire ou énergétique) et placer les citoyens dans une situation de soumission, ce qui passe notamment par l’endettement permanent (au profit d’un quartel de banques privées) et la destruction des protections sociales. Ainsi, l’OMC et son bras armé en Europe la Commission de Bruxelles imposent-ils le libre-échange – pratique qui consiste à faire fabriquer des produits par des esclaves pour les vendre à des chômeurs selon la formule de feu Sir James Goldsmith – (et les délocalisations qui s’en suivent – l’immigration permettant à de pauvres bougres d’effectuer les travaux non délocalisés moins cher encore, et de vampiriser les aides sociales dans les pays qui en bénéficient encore), et la privatisation du maximum de secteurs, y compris parfois régaliens.
  • au niveau de l’éducation, le mondialisme a besoin d’uniformiser les mentalités, de détruire l’intelligence et de donner seulement le minimum de connaissances. De l’école maternelle à l’université, les techniques de manipulation et la psychopédagogie, par l’intermédiaire des ministères de tous les pays, sont au service de ce lavage de cerveaux généralisé, orchestré par l’UNESCO et l’OCDE.
  • au niveau culturel, l’immigration et le tourisme massifs permettent d’uniformiser les individus et de façonner cet homme nouveau, sans identité, sans racine, dont on a moqué puis mélangé les traditions, dans un syncrétisme et un relativisme imbéciles, avant de les détruire.

 

L’idélogie mondialiste est ainsi basée uniquement sur le matérialisme (où la liberté est réduite au pouvoir d’achat), donc aux valeurs inversées, et l’individualisme qui en découle est important dans l’équation. Ce système produit des individus lobotomisés, apathiques, drogués (notamment par les industries chimico-pharmaceutiques et agro-alimentaires), assistés, esclaves d’une élite oligarchique transnationale.

 

Les principaux propagandistes du mondialisme appartiennent à des organisations plus ou moins occultes (essentiellement le groupe de Bilderberg, la Commission trilatérale – déjà officieusement quadrilatérale – et répandus dans de nombreuses loges maçonniques) qui ont les mêmes vues et méthodes que la société britannique fabienne, à l’origine de ce mouvement. En France, Jacques Attali, le zélateur du nomadisme, est le médiateur le plus engagé dans l’instauration de ce « nouvel ordre mondial ». Il se réjouit d’ailleurs de chaque nouvelle crise européenne et mondiale (financière, économique, sanitaire…) parce qu’elles sont l’occasion d’apporter systématiquement une réponse institutionnelle encore plus intégrée en vue du gouvernement mondial qu’il appelle de ses vœux et qui ne saurait être autre chose qu’un régime totalitaire orwellien. Pour autant, rien n’est encore joué et il suffit que les peuples aient le courage de reprendre leur souveraineté et le pouvoir politique pour contrecarrer ce projet maléfique.

Article - French-American Foundation (2012)

08/06/2012

Il existe dans le monde de nombreux réseaux, de cercles d'influence, de réservoirs de pensée, ou "think tanks". La plupart sont mondialistes mais n'ont pas forcément de tronc commun avec l'atlantisme, le mondialisme se déclinant de deux façons différentes : l'une qui prône une sorte d'Etat collectiviste mondial, l'autre favorable à la domination capitaliste des plus puissantes entreprises multinationales. Il existe cependant une "fondation franco-américaine" dédiée aux relations transatlantiques entre la France et les Etats-Unis. Bien entendu, il va de soi que c'est surtout la France qui doive se plier à la mentalité et à la vision du monde américaines, et non l'inverse. La "French-American Foundation" a été créée en 1976 à l'initiative française du président Valéry Giscard d'Estaing, le même qui appartient à de nombreux groupes mondialistes et qui a participé à la rédaction de la Constitution européenne de 2005.

 

Le principal programme de la fondation franco-américaine a été mis en place en 1981, celui des "Young leaders". Il est très difficile de faire retenir sa candidature au sein de cette élite (être énarque est un minimum) mais une fois sélectionné, les portes sont grandes ouvertes. Les heureux élus sont essentiellement des hommes politiques en début de carrière, des journalistes ou éditorialistes reconnus ou des patrons de presse ou de grandes entreprises.

 

Les étiquettes politiques gauche/droite importent peu, voire pas du tout dans cette sélection des "jeunes leaders". Il ne faut évidemment pas être anti-américain - ce qui serait de toute manière une position de principe assez ridicule - mais en principe les authentiques souverainistes ne sont ni retenus ni même candidats. Ainsi, Arnaud Montebourg, le chantre de la démondialisation, fait partie de cette élite. Signalons également que certains n'ont pas besoin de candidater pour se retrouver "young leaders" mais qu'ils sont directement invités par les dirigeants de l'organisation parce qu'ils représentent les espoirs de la vie politique de leur pays, comme ce fut le cas du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan.

 

Dans la presse, sont "young leaders" des personnalités comme Alain Minc, Christine Ockrent, Denis Olivennes, Laurent Joffrin, Jean-Marie Colombani... Parmi les hommes politiques de droite, on trouve des anciens ministres ou secrétaires d'Etat tels que Jacques Toubon, François Léotard, Alain Juppé, Jeannette Bougrab, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. Pour ces derniers, pas de surprise puisque Nicolas Sarkozy et sa politique ont toujours été très atlantistes. Mais il est étrange de constater que dans le gouvernement Ayrault, quatre ministres sont des "young leaders" : Arnaud Montebourg bien sûr mais aussi Pierre Moscovici, Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem. Le président de la République lui-même, François Hollande, a été sélectionné en 1996, de même que l'ancienne sherpa du président Mitterrand et évoquée comme potentielle ministre des transports du gouvernement socialiste, Anne Lauvergeon. Signalons également la présence d'Aquilino Morelle, conseiller et plume du président Hollande, et d'Olivier Ferrand, président du "think tank" Terra Nova, qui a orienté le programme présidentiel du candidat socialiste.

 

Bien sûr, il serait exagéré de dire que les ministres français qui sont des "young leaders" ne sont que des agents des intérêts états-uniens. Mais tous ces liens posent quand même au minimum certains problèmes de transparence et de risque d'un Etat dans l'Etat. Surtout, il n'est pas anodin que John Negroponte, futur directeur du renseignement national de George W. Bush, ait été président de la FAF de 1997 à 2001. Le changement, c’est maintenant ?

Article - Schengen (2012)

04/04/2012

Lors de son discours à Villepinte du 11 mars, Sarkozy le candidat a fait preuve d’une grande audace (ou d’un incommensurable culot) en oubliant qu’il était Sarkozy le président (depuis cinq ans déjà), et a menacé les pays de l’espace Schengen que si « dans les douze mois » les accords de Schengen n’étaient pas renégociés, la France y suspendrait sa participation. Que le chef de l’Etat ne se rende compte de l’extrême porosité des frontières nationales et européennes et du caractère dangereux d’une telle situation qu’à la fin de son mandat est plutôt inquiétant, mais le plus grave reste la solution choisie pour remédier à ce problème essentiel : loin de recouvrer une pleine et entière souveraineté territoriale (que nous avons largement décrite dans La France face au mondialisme), qu’il fait pourtant miroiter aux électeurs en termes cinglants dans son discours, il propose en fait d’instituer un véritable gouvernement politique de Schengen, de même qu’au niveau économique. En apparence, il apparaît donc comme opposé à plus d’intégration communautaire européenne, alors que son projet dissoudra davantage encore qu’aujourd’hui les nations et leurs volontés dans une bouillie supranationale, dans laquelle les Etats seront traités comme des enfants désobéissants, qui pourront être réprimandés et punis.

 

Cette promesse électorale comporte un deuxième mensonge, celui-là par omission : la réforme de cette gouvernance Schengen est déjà en cours et la Commission de Bruxelles domine largement le processus, même s’il est possible à une majorité d’Etats d’exercer une influence supérieure, à condition bien entendu qu’ils soient d’accord entre eux, ce qui est une chimère. L’opposition dite de gauche, qui est également favorable à ce projet, n’a pas souhaité polémiquer sur le fond, mais s’est simplement moquée de cette « promesse inutile ».

 

Le fond mérité pourtant d’être abordé sérieusement. La question des contrôles aux frontières est vitale, puisque la libre entrée mortifère sur notre sol de milliers de personnes chaque mois (des travailleurs nous ressassent les medias, alors que la France connaît plus de 9% de chômage), de biens en promotion (comme des OGM, de la drogue ou des armes de guerre), et de capitaux (qui rachètent petit à petit notre patrimoine ou servent à financer des organisations aussi philanthropiques que des sectes ou des réseaux terroristes) est devenu le principe ultralibéral fondamental de l’Union européenne. Bien sûr, les bénéfices tant vantés de cette ouverture dogmatique et considérée comme une fin en soi sont parfois revus à la baisse, voire franchement niés, lorsqu’il s’agit de protéger les puissants mondialistes. Ainsi, les contrôles aux frontières sont rétablis avant et pendant des événements tels que les réunions du G20 ou les conférences du groupe de Bilderberg. Pendant quelques mois il est vrai, le Danemark a pris la décision unilatérale de quitter l’espace Schengen et de restaurer ses frontières nationales, mais les conservateurs ont perdu le pouvoir fin 2011 et tout est rentré dans l’ordre. De toute façon, la Commission avait déjà menacé le pays d’une procédure d’infraction à la législation européenne, et il faut un minimum de courage pour résister aux vitupérations des commissaires, ce qui manque clairement en politique au candidat sortant.

 

Quoiqu’il en soit, Nicolas Sarkozy n’a pas prétendu combattre Schengen pour remettre en question le principe ultralibéral de la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux (que ceux qui distinguent sont des idiots utiles du mondialisme), mais uniquement pour faire baisser le nombre d’immigrés légaux, estimés au minimum à 180.000 par an. Comme le rappelle régulièrement Eric Zemmour, même en n’autorisant que 100.000 entrées chaque année (dans son programme, Marine Le Pen les porte à 10.000, essentiellement des étudiants destinés à retourner travailler dans leur pays d’origine une fois formés), on en reviendrait aux flux migratoires de la fin des années 1990, sous le gouvernement Jospin. Pas de quoi pavoiser pour un homme dit de droite. Mais surtout, même en admettant le recouvrement de l’indépendance vis-à-vis des accords de Schengen, quelle marge de manœuvre réelle cela laissera-t-il à la France ? Schengen n’est qu’une garantie de sécurité et de contrôle aux frontières extérieures de l’espace, puisqu’elles sont abolies au niveau intérieur. Mais nous sommes liés à d’autres obligations, notamment la Convention européenne des droits de l’homme, la charte sociale européenne, ou des directives européennes (comme la 2003/86/CE relative au regroupement familial). Comme la notion de famille n’est pas définie par le droit international de manière concrète, ces textes donnent aux migrants – même s’ils ne travaillent pas – des droits pour faire venir leurs proches, pour être logés, soignés (jusqu’à la création de l’Aide médicale d’Etat, réservée aux clandestins, dont le coût est estimé à 800 millions d’euros par an, et qui selon la CMU a bénéficié à 200.000 personnes en 2010), éduqués… toutes ces dépenses faramineuses étant subventionnées par le peuple français, dont le niveau de vie ne cesse de baisser. Cette situation est tout autant criminelle envers ces déracinés à qui l’on fait espérer ces illusions, puisqu’en fait de travail il n’y a plus que misère et esclavage, les logements promis se révèlent être des hôtels miteux, la dignité se transforme en assistanat... Comment intégrer voire assimiler des immigrés dans ces conditions ? Il faut en finir avec ces traités internationaux, ces textes législatifs concoctés hors-sol qui dans la réalité ne produisent que toujours plus de détresse, d’injustice, de frustrations, de rancœurs, de haines et de violences. Et surtout, il faut comprendre que les effets Schengen dont se plaint Sarkozy sont également la conséquence directe des choix économiques que lui et la pseudo-gauche défendent : le libre-échange mondialisé, la désindustrialisation de l’Europe, la monnaie unique et la privatisation voire la destruction des systèmes de protection sociale.

Article - Agences de notation (2012)

29/02/2012

Au fil des décennies, un « environnement protecteur » s’est installé aux côtés des grandes sociétés transnationales. Tout en participant à l’évasion fiscale et autres opérations d’appauvrissement de l’économie au détriment des entreprises et des Etats, les transnationales s’efforcent d’entretenir leur image de marque d’ « entreprise modèle » et celle de leurs dirigeants. Ceux-ci sont évalués, estimés, vérifiés, audités, conseillés, notés, voire primés et glorifiés. Si l’audit, la vérification et le conseil à l’entreprise sont nécessaires à son développement, le mélange des genres tend à se généraliser jusqu’à ne plus être que l’habillage d’une relation incestueuse entre entreprise et auditeur. Souvent étroitement liés contractuellement, ils sont parfois carrément financés et administrés par les sociétés qu’ils notent et évaluent !

 

L’affaire Enron et bien d’autres ont mis en lumière les pratiques frauduleuses par lesquelles les dirigeants contemporains du célèbre cabinet Andersen (dont Eric Woerth était directeur associé) avaient quelque peu confondu probité intellectuelle avec commerce de services. De même, les dirigeants de sociétés transnationales reçoivent-ils souvent des prix les décrétant « modèle de gestion », « meilleur gestionnaire » ou « stratège de l’année ». Des agences et des médias dont ils sont souvent eux-mêmes fondateurs, investisseurs, administrateurs ou actionnaires leur décernent d’excellentes notations et des prix de bonne conduite. Le système ne redistribuant pas aux citoyens les fruits des richesses qu’ils produisent, les possédants doivent entretenir dans l’opinion publique l’illusion d’un monde presque parfait. Illusion que les grandes sociétés sont bien gérées dans l’intérêt général ; illusion que les dirigeants sont, presque par nature, irréprochables ; illusions que les fruits de la croissance et de la rentabilité profitent à tous, sans du reste trop préciser qui reçoit vraiment quoi ; illusion que la mondialisation économique et financière dont ils sont les apôtres apporte paix et prospérité aux peuples de la terre quand la guerre et la misère gangrènent des régions, voire des continents entiers comme l’Afrique. Pendant de cette image d’Epinal cent fois répétée à longueur de médias, d’opérations de communication multi-langues et de discours politiciens à la gloire de ces grands stratèges : si les choses ne vont pas, c’est que le citoyen de la « France d’en bas » ne travaille pas assez, coûte trop cher, prend sa retraite trop tôt, a trop d’avantages sociaux, prend trop de vacances, se soigne trop… Bref, il faut « travailler plus pour gagner plus ».

 

La société Vigeo, qui se présente comme le « leader européen de la notation extra-financière », note la « France d’en haut », alors que le Crédit Agricole Mutuel, la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne, BNP-Paribas, Suez et EADS sont aux postes de direction de l’agence de notation. Quant à son collège d’entreprises, il est composé de la plupart des représentants des principales grandes sociétés transnationales à base française, soit une quarantaine au total parmi lesquelles Pinault, Crédit Lyonnais, Axa, Airbus, EADS, Veolia, Accor, France Télécom, GDF, Total, Renault, Danone, Thales, etc… En gros, le CAC 40 s’offre les moyens de se noter lui-même. Autant de sociétés très bien notées pour leur gouvernance d’entreprise et les suppressions de postes qu’elles planifient à longueur d’années…

 

Il en va un peu différemment pour les agences de notation financière, qui sont là pour analyser les entreprises, les Etats ou les collectivités, et évaluer leur qualité. Le seul objectif d’une notation est de mesurer le risque. Moody’s, par exemple, l’une des quatre grandes agences de notation au niveau mondial, se fonde sur trois principaux éléments analytiques : l’environnement économique, commercial et réglementaire qui détermine les conditions d’activité de l’institution, le rôle de cette dernière au sein du système financier de son pays d’origine et ses « fondamentaux », tant sur le plan financier qu’au niveau du management. Evidemment, la note donnée à une entrepris est toute relative de sa réalité puisque celle-ci n’est que l’interprétation de l’information que l’entreprise transmet. La note maximale, AAA, que l’agence Standard & Poor’s a récemment retirée au produit financier France (voilà à quoi nous sommes réduits), n’existe plus en pratique pour aucune dette souveraine, selon le chroniqueur de BFM Business Olivier Delamarche – également associé et gérant de Platinium Gestion – ce qui signifie qu’il n’existe plus aucun actif sans risque.

 

Sur le plan politique, les gouvernements qui se sont succédé depuis soixante ans ont laissé faire et favorisé la financiarisation de l’économie pour parvenir au désastre actuel. La période des années 1950-1980, qui marque le début des investissements directs à l’étranger, est celle d’un nouveau régime de l’accumulation du capital par les grands propriétaires privés de l’économie sur tous les continents. Privatisation de l’économie et affaiblissement du rôle de l’Etat vont de pair dans un mouvement qui ne cesse de s’accélérer. S’il arrive aujourd’hui que des députés interpellent le gouvernement sur certains aspects de la gestion des entreprises, rien de décisif n’est encore venu sur la question de l’évitement de l’impôt par les grandes entreprises, du rôle des places off shore, de la démocratisation du système bancaire et financier comme de la régulation et de la transparence des marchés financiers. La tromperie gagne en ampleur avec le président Sarkozy : lui qui déclarait vouloir « agir pour renforcer la transparence et la régulation des marchés […] et la responsabilité de tous les acteurs, y compris des agences de notation », n’a rien engagé de concret et de décisif en ce sens, bien au contraire. L’engagement déclaré fut vite abandonné au point de ne pas figurer dans les quatre priorités du gouvernement français lorsque Sarkozy assumait la présidence tournante de l’Union européenne. Union européenne dont le nouveau président de la banque centrale, Mario Draghi, en tant que vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs International de 2002 à 2005, a accompagné la mise hors bilan d’une partie de la dette souveraine de la Grèce, aujourd’hui prise au piège de la monnaie unique et condamnée à mort.