Textes de Jean-Yves Dufour

Entretien avec Franck Abed pour Vu de France (2014)

01/17/2014

Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ?

Bonjour et merci de votre intérêt pour mon travail. J’ai vingt-huit ans, j’ai suivi des études de philosophie, de mathématiques, d’informatique et de management et je travaille comme ingénieur d’études depuis bientôt quatre ans.

J’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la politique après le non au référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne, écœuré par la façon dont la classe politico-médiatique avait traité le vote du peuple. Au bout de plusieurs années de recherches et d’innombrables lectures, après avoir dégagé suffisamment d’éléments et un argumentaire précis contre l’euromondialisme – ce qui n’existait pas – j’ai décidé d’écrire un livre, La France face au mondialisme (2011), ne contenant que des informations factuelles et vérifiables, accessible au public non politisé. Vous l’aviez d’ailleurs chroniqué très favorablement à l’époque et je vous en remercie. J’ai publié un second ouvrage le mois dernier, Résistance et Tradition (2013), qui développe les principes philosophiques et métapolitiques, qui découlent de la Tradition, et que je préconise pour résister à l’idéologie mondialiste, sur les plans personnel et collectif.

 

Quelles sont les idées que vous défendez ? Et pour quelles raisons ?

Je défends avant tout la souveraineté de la France, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance de notre pays. Cela ne signifie pas se fermer à l’extérieur, comme le Système tente de le caricaturer, mais décider nous-mêmes, sans l’ingérence d’agents étrangers ou intérieurs (par exemple les lobbies), de notre politique, quelle qu’elle soit : économique, sociale, monétaire, fiscale, diplomatique, militaire, migratoire, etc… C’est là l’idée maîtresse, la cause de mon engagement. De manière plus générale et philosophique, je dirai que je défends l’idée de liberté (je parle bien de liberté, pas de caprices), que je place (contrairement aux collectivistes) au-dessus de l’égalité.

 

Quelle est pour vous la principale menace qui pèse sur la France ?

A mon sens, il y a plusieurs menaces graves, mais qui ne se situent pas dans la même échelle temporelle. A court terme, il y a le marché transatlantique, qui risque d’achever ce qu’il reste d’entreprises en France et d’acculer à la misère des millions de Français. A moyen terme, c’est une régression radicale de l’esprit, une menace contre toute forme de liberté, de se déplacer, de se réunir, de s’exprimer et même de penser. Et tout ce qui n’est pas interdit risque d’être surveillé de très près par une technologie intrusive. A plus long terme, il s’agit de la menace de disparition pure et simple de la France et des Français, définitivement submergés par une immigration incontrôlable et incontrôlée. En d’autres temps, on aurait appelé ça une invasion.

 

Pensez-vous que la France disparaîtra ou qu’elle se relèvera  (et si oui comment) ?

Si je n’y croyais pas, au lieu d’écrire et de militer pour réveiller mes compatriotes, en prenant des risques financiers et professionnels, j’aurai utilisé mon temps de manière beaucoup plus égoïste ! Je persiste à croire que les dangers que j’ai énumérés plus haut ne parviendront pas à effacer la France, parce qu’ils n’en auront pas le temps. Le peuple commence à être excédé – pas les assistés, mais les travailleurs, qui finissent par se demander si cela vaut la peine d’aller travailler, alors que les parasites sont laissés tranquilles, tant économiquement qu’en matière judiciaire. Les gens commencent à comprendre que le Système les prend pour des cons, on pourrait presque remercier le gouvernement d’aller si loin dans la bêtise, l’hypocrisie et la fuite en avant. L’armée aussi gronde, et un coup d’Etat, même s’il n’est pas pour demain, n’est pas à exclure. Cependant, la solution la plus pacifique de reprendre le pouvoir serait la grève générale.

 

En 2014 les élections municipales se tiendront en France. Certains craignent ou espèrent une montée du Front National. Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas favorable à la politisation des municipalités, et je ne vote pas à ces élections en fonction des étiquettes mais en fonction des personnes et de leurs projets. En ce qui concerne le FN, c’est assez drôle de voir qu’il défend finalement les valeurs que le Système prétend (ose prétendre) défendre : la République, la démocratie, la laïcité… Je ne suis ni spécialement républicain ni spécialement démocrate, mais je considère que c’est un devoir de soutenir le parti souverainiste le mieux placé, en l’occurrence le FN. C’est la raison pour laquelle j’ai été suppléant de mon amie Louise Buchmann aux élections législatives de 2012 (dans la quatrième circonscription des Vosges, puisque je suis lorrain) pour le SIEL, parti de droite souverainiste et appartenant au Rassemblement Bleu Marine. J’espère et je pense que le FN arrivera en première place aux élections européennes qui suivront, ainsi que de manière générale les partis souverainistes dans toute l’Union européenne.

 

Certains évoquent l’Islam comme une menace mortelle pour la France et l’Europe. L’Islam est souvent considéré comme l’ennemi numéro 1. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que l’islam soit l’ennemi numéro un. Le principal danger, c’est l’idéologie mondialiste, et son incarnation, la mise en place du nouvel ordre mondial. L’islamisation (la menace ne serait pas l’islam en tant que tel mais son expansion voire sa domination en France et en Europe) n’est qu’une composante de ce système, la conséquence d’une immigration massive. Au risque d’être méprisant, je ne crois pas à cette menace : les musulmans qui vivent en Europe sont beaucoup plus matérialistes que ne le laisse supposer leur religion, très individualistes et égoïstes au sein même de leur communauté, incapables de se mettre d’accord (mais ni plus ni moins, hélas, que les patriotes français), et très occidentalisés, je dirai même en moyenne plus américanisés que les Européens eux-mêmes. Je suis bien évidemment contre l’islamisation de la France et de l’Europe, mais je pense que les musulmans doivent être tolérés (j’utilise ce mot dans son sens premier, synonyme de ‘supporter’) s’ils respectent nos lois et notre mode de vie, à condition de les défendre nous-mêmes, ce que le pouvoir ne fait plus depuis des lustres. Cette menace paraît grande du fait de sa visibilité (femmes voilées, publicité faite au ramadan, etc…) mais elle n’a pas la profondeur qu’elle affiche.

 

Quel regard portez-vous sur l’affaire Dieudonné qui semble déjà retombée dans l’oubli ?

J’ai vu Dieudonné dans son bus lorsqu’il était interdit de jouer dans des salles, j’ai regardé presque tous ses spectacles par écran interposé. Il peut être très drôle mais je ne le trouve pas extraordinaire non plus. Son mérite a été de refuser de se coucher devant les injonctions du Système. Je ne crois pas que Dieudonné soit antijuif (puisque c’est le sens donné au mot ‘antisémite’). Quand on a vu ses spectacles, on peut constater sans hypocrisie qu’il ‘tape’ sur tout le monde, comme tout comique devrait le faire, en tout cas devrait pouvoir le faire, sans être inquiété. Dieudonné est un ennemi pratique pour le Système : le choix résiderait entre un clown et le gouvernement (une troupe de clowns). L’ironie, c’est que Dieudonné rassemble dans ses spectacles la France des ‘blacks-blancs-beurs’ (prétendument) défendue par le Système. Sa ‘quenelle’ est un geste antisystème à la portée de n’importe quel opposant. Le Système a peur, il doit diviser pour régner et empêcher tout rassemblement. Mais quand on a peur, on fait n’importe quoi, et au-delà du cas Dieudonné, il semble que la jurisprudence qui a suivi cette affaire représente à l’avenir un danger pour la liberté d’expression et même la liberté en général.

 

Quelles sont vos références intellectuelles ?

Je n’ai pas de maître à penser, je prends partout ce qui me semble intéressant. Je sais que certaines personnes ne sont pas capables de distinguer les apports des uns et des autres et se sentent obligées de tout prendre ou de tout rejeter en bloc. Tant pis pour elles. Mais s’il faut choisir, je dirai que les intellectuels qui ont dégagé la meilleure vision du monde selon moi sont René Guénon et Julius Evola. Je pourrai en citer d’autres, comme Georges Bernanos, Alexandre Soljenitsyne et Charles Maurras, ou contemporains comme Philippe de Villiers, Paul-Marie Coûteaux et Yvan Blot. Mais finalement il suffit de lire les romans dits d’anticipation des écrivains britanniques Orwell, Huxley et Wells pour saisir simplement ce qui arrive aujourd’hui. Pour répondre complètement à la question, je dois dire que mes véritables références sont davantage des hommes d’action que des purs intellectuels : Léon Degrelle et le docteur Henri Martin.

 

Enfin que pensez-vous de l’alternative catholique et royale comme solution aux maux de notre pays ?

Je défends justement dans Résistance et Tradition la monarchie royale comme système institutionnel idéal. La démocratie peut être intéressante au niveau local, mais au niveau national il est nécessaire d’avoir de la cohérence, de la hauteur et la continuité de l’Etat pour gouverner correctement. Je précise que la monarchie n’est pas une dictature. Le principe de subsidiarité doit d’ailleurs s’appliquer au maximum pour rendre au peuple sa liberté.

Concernant la religion, bien sûr, le roi de France ne pourra être que catholique, comme le disait Chateaubriand. Mais d’une part il n’est pas question de forcer les gens à croire ou à pratiquer – donner l’exemple et être fier de son histoire doit être nécessaire et suffisant – et d’autre part je me méfie beaucoup de nombre de chrétiens, que j’appelle ‘universalo-œcuméniques’, et qui malgré toutes leurs déclarations patriotiques choisiront toujours in fine le mondialisme plutôt que leur nation.

Attention, néanmoins : ce que vous appelez « l’alternative catholique et royale » ne permettra pas seule de résoudre tous les problèmes. C’est comme la sortie de l’euro : il ne s’agit que d’un préalable, d’une solution nécessaire mais certainement pas suffisante.

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