Textes de Jean-Yves Dufour

Article - French-American Foundation (2012)

06/07/2012

Il existe dans le monde de nombreux réseaux, de cercles d'influence, de réservoirs de pensée, ou "think tanks". La plupart sont mondialistes mais n'ont pas forcément de tronc commun avec l'atlantisme, le mondialisme se déclinant de deux façons différentes : l'une qui prône une sorte d'Etat collectiviste mondial, l'autre favorable à la domination capitaliste des plus puissantes entreprises multinationales. Il existe cependant une "fondation franco-américaine" dédiée aux relations transatlantiques entre la France et les Etats-Unis. Bien entendu, il va de soi que c'est surtout la France qui doive se plier à la mentalité et à la vision du monde américaines, et non l'inverse. La "French-American Foundation" a été créée en 1976 à l'initiative française du président Valéry Giscard d'Estaing, le même qui appartient à de nombreux groupes mondialistes et qui a participé à la rédaction de la Constitution européenne de 2005.

 

Le principal programme de la fondation franco-américaine a été mis en place en 1981, celui des "Young leaders". Il est très difficile de faire retenir sa candidature au sein de cette élite (être énarque est un minimum) mais une fois sélectionné, les portes sont grandes ouvertes. Les heureux élus sont essentiellement des hommes politiques en début de carrière, des journalistes ou éditorialistes reconnus ou des patrons de presse ou de grandes entreprises.

 

Les étiquettes politiques gauche/droite importent peu, voire pas du tout dans cette sélection des "jeunes leaders". Il ne faut évidemment pas être anti-américain - ce qui serait de toute manière une position de principe assez ridicule - mais en principe les authentiques souverainistes ne sont ni retenus ni même candidats. Ainsi, Arnaud Montebourg, le chantre de la démondialisation, fait partie de cette élite. Signalons également que certains n'ont pas besoin de candidater pour se retrouver "young leaders" mais qu'ils sont directement invités par les dirigeants de l'organisation parce qu'ils représentent les espoirs de la vie politique de leur pays, comme ce fut le cas du souverainiste Nicolas Dupont-Aignan.

 

Dans la presse, sont "young leaders" des personnalités comme Alain Minc, Christine Ockrent, Denis Olivennes, Laurent Joffrin, Jean-Marie Colombani... Parmi les hommes politiques de droite, on trouve des anciens ministres ou secrétaires d'Etat tels que Jacques Toubon, François Léotard, Alain Juppé, Jeannette Bougrab, Nathalie Kosciusko-Morizet, Valérie Pécresse et Laurent Wauquiez. Pour ces derniers, pas de surprise puisque Nicolas Sarkozy et sa politique ont toujours été très atlantistes. Mais il est étrange de constater que dans le gouvernement Ayrault, quatre ministres sont des "young leaders" : Arnaud Montebourg bien sûr mais aussi Pierre Moscovici, Marisol Touraine et Najat Vallaud-Belkacem. Le président de la République lui-même, François Hollande, a été sélectionné en 1996, de même que l'ancienne sherpa du président Mitterrand et évoquée comme potentielle ministre des transports du gouvernement socialiste, Anne Lauvergeon. Signalons également la présence d'Aquilino Morelle, conseiller et plume du président Hollande, et d'Olivier Ferrand, président du "think tank" Terra Nova, qui a orienté le programme présidentiel du candidat socialiste.

 

Bien sûr, il serait exagéré de dire que les ministres français qui sont des "young leaders" ne sont que des agents des intérêts états-uniens. Mais tous ces liens posent quand même au minimum certains problèmes de transparence et de risque d'un Etat dans l'Etat. Surtout, il n'est pas anodin que John Negroponte, futur directeur du renseignement national de George W. Bush, ait été président de la FAF de 1997 à 2001. Le changement, c’est maintenant ?

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