Textes de Jean-Yves Dufour

Entretien

Présent - Louis Lorphelin

01/04/2017

Présent - Louis Lorphelin

Entretien avec Franck Abed (2016)

02/12/2016

Franck ABED : Bonjour. Quel fut l’événement le plus marquant de l’année 2016 pour la France ?

Jean-Yves DUFOUR : Bonjour Franck, merci de me donner à nouveau la parole.

Comme le roi anglais George III qui avait noté dans son journal que rien d’important ne s’était passé le 4 juillet 1776, car il ignorait encore que les colonies britanniques nord-américaines venaient de déclarer leur indépendance, je ne pense pas spontanément à un événement qui ait vraiment marqué l’année 2016. C’est grave parce que cela signifie que la France s’efface progressivement mais silencieusement, que nous nous habituons au marasme, comme au terrorisme, avec ces dizaines de personnes fauchées sur la promenade des Anglais à Nice alors qu’elles assistaient au traditionnel feu d’artifices le soir de la fête nationale. Les Français, peuple tranquille qui aime la bonne vie, sont désespérés, au sens médical du terme, par les effets dévastateurs du mondialisme sur leur environnement.

 

Franck ABED : Le peuple américain s’est donné un nouveau président en la personne de Donald Trump. Que vous inspire cette élection ? Est-ce que cela peut influencer le cours des choses en vue de la présidentielle de 2017 ?

Jean-Yves DUFOUR : Je considère que l’élection de Donald Trump est une divine surprise. Premièrement, c’est la défaite de tout le système politico-médiatique, celui de l’alliance des gauchistes démocrates avec les néo-conservateurs républicains et des médias à leur service. Deuxièmement, c’est la fin d’un certain impérialisme états-unien, qui va abandonner ses prétentions hégémoniques extérieures pour se recentrer sur ses problèmes intérieurs, qui sont nombreux et graves : l’Amérique également connaît la misère, les délocalisations, la désindustrialisation, le chômage, l’endettement, l’invasion migratoire… Pour la France et pour le monde, c’est une chance : Trump souhaite favoriser la paix et renouer des alliances, notamment avec la Russie, dans l’objectif d’un monde multipolaire, arrêter le financement des islamistes, mettre fin au traité transatlantique et même dompter la FED.

Cette élection peut avoir de l’influence en vue de l’élection présidentielle de 2017. Le franc-parler de Trump doit faire des émules. Le fait qu’une grande puissance applique un programme de droite, pro-vie, doit décomplexer les hommes politiques français qui partagent ces convictions mais ont encore peur de les revendiquer haut et fort à cause du terrorisme intellectuel de la gauche. Au niveau européen, la France aura moins de scrupules à remettre en cause l’Union européenne, grâce au soutien de Trump au Brexit et à son champion Nigel Farage.

 

Franck ABED : Différents acteurs et observateurs de la vie politique française estiment que le Front National a de grandes chances de se retrouver au deuxième tour de l’élection présidentielle en 2017. Pensez-vous que cette analyse soit juste ? En admettant que oui, est-il possible que Marine Le Pen devienne le futur président de la République ?

Jean-Yves DUFOUR : Tout est ouvert. S’il y a une chose que les électeurs ont prouvée ces derniers mois, c’est que rien n’est jamais joué d’avance : le Brexit, la candidature de Trump, puis son élection, la victoire de Fillon à la primaire de la droite et du centre alors que Juppé était largement favori... J’espère que Marine Le Pen sera élue en 2017, c’est possible même si c’est encore assez improbable pour le moment. C’est une chance historique à saisir, à condition de rassembler les Français.

Je pense que le slogan « ni gauche ni droite » doit être remplacé par « et gauche et droite », c’est-à-dire une synthèse à la fois anticollectiviste et anticapitaliste (au contraire des mondialistes qui cumulent les pires aspects de la gauche et de la droite), ce que l’on appelle depuis des décennies la ‘troisième voie’ : protectionnisme, égalité sociale et fiscale, réenracinement (rééquilibrage du territoire, instruction publique digne de ce nom, défense de l’agriculture locale comme de la culture, démocratie locale, refus du tout-marchand…), ce qui ne peut se faire qu’en limitant drastiquement l’immigration, en pratiquant la tolérance zéro pour les délinquants et en reprenant tous les pans de souveraineté confisqués par les organismes internationaux et supranationaux.

 

Franck ABED : Beaucoup parlent de tripolarisation de la vie politique avec le PS, LR et le FN. Ne faudrait-il pas plutôt parler de quadri-polarisation de la vie politique française avec tous les abstentionnistes qui ne se reconnaissent dans aucun parti officiel du système ?

Jean-Yves DUFOUR : Les abstentionnistes sont plus nombreux que les votants, c’est vrai, mais cela ne signifie pas qu’ils forment un parti. Il existe déjà beaucoup de raisons différentes de voter pour un parti, et plus encore de ne pas voter. Les abstentionnistes sont des sceptiques ou des déçus de la politique, mais il faut bien qu’ils comprennent que le système se moque d’être soutenu par une poignée seulement d’électeurs. Il faut sortir de ce romantisme anarchiste et voter pour choisir le candidat le moins pire et faire battre les plus corrompus et incompétents. On dit que les absents ont toujours tort, et ne pas choisir c’est laisser les autres imposer leurs choix. Chaque voix compte, et si les sceptiques avaient cru aux sondages qui donnaient l’échec du Brexit et Trump à 1% au début de la primaire républicaine s’étaient abstenus, ces événements n’auraient pas eu lieu. Ce que je dis ne signifie pas idolâtrer les élections. Mais tous les moyens doivent être utilisés pour faire entendre notre volonté.

 

Franck ABED : Ces dernières années les sujets politiques ont souvent été les mêmes : immigration, terrorisme, islam, Union Européenne, insécurité, chômage. Plus personne n’évoque la Francophonie. Comment l’expliquez-vous ?

Jean-Yves DUFOUR : Je ne trouve pas qu’on parle tant que ça de l’UE, et je le regrette. Pour le reste, en effet, ce sont les sujets de la vie quotidienne qui sont rabâchés, car comme je le disais au début de l’entretien, le mondialisme a détruit la vie des gens, et le chômeur ou le travailleur en sursis ne peut pas se promener cinq minutes sans croiser des délinquants, des vêtements exotiques, des signes ostentatoires de l’islamisme… D’ailleurs l’ensemble du décor est terne et enlaidi : pollution sonore, visuelle (publicité, allogènes aux trognes patibulaires, dégradations, éoliennes, autoroutes…), électro-magnétique, atmosphérique… Les hommes sont progressivement remplacés par des machines et des robots. De ce fait, la politique à long terme que représentent la culture et la diplomatie sont absentes des préoccupations immédiates, et c’est dramatique, comme le montre encore une étude comparative internationale récente qui acte l’effondrement du niveau scolaire en France, toutes disciplines confondues, malgré l’énorme budget consacré. La francophonie disparaît ainsi peu à peu, remplacée à la fois par un sous-anglais ‘globish’ et des patois étrangers, à la fois dans les écoles, dans les médias, dans les entreprises et dans la rue.

 

Franck ABED : Pourriez-vous nous présenter votre dernier livre ?

Jean-Yves DUFOUR : Après La France face au mondialisme (2011) qui développait les concepts de souverainisme, d’européisme et de mondialisme, et Résistance et Tradition (2013), qui revenait sur les paradigmes traditionaliste et moderniste, j’ai écrit un roman, L’ombre au sommet, qui vient d’être publié aux éditions helvétiques Bibracte (ville où Vercingétorix fut désigné chef des tribus gauloises).

Il s’agit d’un roman politique initiatique qui mêle réflexions, dialogues et action, dont le thème de fond, relativement bien développé, est l’ingénierie sociale. Sur la forme, j’avais l’ambition de croiser Petit frère d’Eric Zemmour, pour les nombreuses discussions politiques, et Christine de Stephen King, pour ce qui est de l’évolution psychologique du héros. Sur le fond, l’histoire peut rappeler Oliganarchy de Lucien Cerise ou les romans d’anticipation d’Antoine Bello, mais reste totalement originale et personnelle. Aux lecteurs de juger !

Entretien avec Franck Abed pour Vu de France (2014)

18/01/2014

Bonjour. Pourriez-vous prendre la peine de vous présenter ?

Bonjour et merci de votre intérêt pour mon travail. J’ai vingt-huit ans, j’ai suivi des études de philosophie, de mathématiques, d’informatique et de management et je travaille comme ingénieur d’études depuis bientôt quatre ans.

J’ai commencé à m’intéresser sérieusement à la politique après le non au référendum du 29 mai 2005 sur la Constitution européenne, écœuré par la façon dont la classe politico-médiatique avait traité le vote du peuple. Au bout de plusieurs années de recherches et d’innombrables lectures, après avoir dégagé suffisamment d’éléments et un argumentaire précis contre l’euromondialisme – ce qui n’existait pas – j’ai décidé d’écrire un livre, La France face au mondialisme (2011), ne contenant que des informations factuelles et vérifiables, accessible au public non politisé. Vous l’aviez d’ailleurs chroniqué très favorablement à l’époque et je vous en remercie. J’ai publié un second ouvrage le mois dernier, Résistance et Tradition (2013), qui développe les principes philosophiques et métapolitiques, qui découlent de la Tradition, et que je préconise pour résister à l’idéologie mondialiste, sur les plans personnel et collectif.

 

Quelles sont les idées que vous défendez ? Et pour quelles raisons ?

Je défends avant tout la souveraineté de la France, c’est-à-dire la liberté et l’indépendance de notre pays. Cela ne signifie pas se fermer à l’extérieur, comme le Système tente de le caricaturer, mais décider nous-mêmes, sans l’ingérence d’agents étrangers ou intérieurs (par exemple les lobbies), de notre politique, quelle qu’elle soit : économique, sociale, monétaire, fiscale, diplomatique, militaire, migratoire, etc… C’est là l’idée maîtresse, la cause de mon engagement. De manière plus générale et philosophique, je dirai que je défends l’idée de liberté (je parle bien de liberté, pas de caprices), que je place (contrairement aux collectivistes) au-dessus de l’égalité.

 

Quelle est pour vous la principale menace qui pèse sur la France ?

A mon sens, il y a plusieurs menaces graves, mais qui ne se situent pas dans la même échelle temporelle. A court terme, il y a le marché transatlantique, qui risque d’achever ce qu’il reste d’entreprises en France et d’acculer à la misère des millions de Français. A moyen terme, c’est une régression radicale de l’esprit, une menace contre toute forme de liberté, de se déplacer, de se réunir, de s’exprimer et même de penser. Et tout ce qui n’est pas interdit risque d’être surveillé de très près par une technologie intrusive. A plus long terme, il s’agit de la menace de disparition pure et simple de la France et des Français, définitivement submergés par une immigration incontrôlable et incontrôlée. En d’autres temps, on aurait appelé ça une invasion.

 

Pensez-vous que la France disparaîtra ou qu’elle se relèvera  (et si oui comment) ?

Si je n’y croyais pas, au lieu d’écrire et de militer pour réveiller mes compatriotes, en prenant des risques financiers et professionnels, j’aurai utilisé mon temps de manière beaucoup plus égoïste ! Je persiste à croire que les dangers que j’ai énumérés plus haut ne parviendront pas à effacer la France, parce qu’ils n’en auront pas le temps. Le peuple commence à être excédé – pas les assistés, mais les travailleurs, qui finissent par se demander si cela vaut la peine d’aller travailler, alors que les parasites sont laissés tranquilles, tant économiquement qu’en matière judiciaire. Les gens commencent à comprendre que le Système les prend pour des cons, on pourrait presque remercier le gouvernement d’aller si loin dans la bêtise, l’hypocrisie et la fuite en avant. L’armée aussi gronde, et un coup d’Etat, même s’il n’est pas pour demain, n’est pas à exclure. Cependant, la solution la plus pacifique de reprendre le pouvoir serait la grève générale.

 

En 2014 les élections municipales se tiendront en France. Certains craignent ou espèrent une montée du Front National. Qu’en pensez-vous ?

Personnellement, je ne suis pas favorable à la politisation des municipalités, et je ne vote pas à ces élections en fonction des étiquettes mais en fonction des personnes et de leurs projets. En ce qui concerne le FN, c’est assez drôle de voir qu’il défend finalement les valeurs que le Système prétend (ose prétendre) défendre : la République, la démocratie, la laïcité… Je ne suis ni spécialement républicain ni spécialement démocrate, mais je considère que c’est un devoir de soutenir le parti souverainiste le mieux placé, en l’occurrence le FN. C’est la raison pour laquelle j’ai été suppléant de mon amie Louise Buchmann aux élections législatives de 2012 (dans la quatrième circonscription des Vosges, puisque je suis lorrain) pour le SIEL, parti de droite souverainiste et appartenant au Rassemblement Bleu Marine. J’espère et je pense que le FN arrivera en première place aux élections européennes qui suivront, ainsi que de manière générale les partis souverainistes dans toute l’Union européenne.

 

Certains évoquent l’Islam comme une menace mortelle pour la France et l’Europe. L’Islam est souvent considéré comme l’ennemi numéro 1. Qu’en pensez-vous ?

Je ne pense pas que l’islam soit l’ennemi numéro un. Le principal danger, c’est l’idéologie mondialiste, et son incarnation, la mise en place du nouvel ordre mondial. L’islamisation (la menace ne serait pas l’islam en tant que tel mais son expansion voire sa domination en France et en Europe) n’est qu’une composante de ce système, la conséquence d’une immigration massive. Au risque d’être méprisant, je ne crois pas à cette menace : les musulmans qui vivent en Europe sont beaucoup plus matérialistes que ne le laisse supposer leur religion, très individualistes et égoïstes au sein même de leur communauté, incapables de se mettre d’accord (mais ni plus ni moins, hélas, que les patriotes français), et très occidentalisés, je dirai même en moyenne plus américanisés que les Européens eux-mêmes. Je suis bien évidemment contre l’islamisation de la France et de l’Europe, mais je pense que les musulmans doivent être tolérés (j’utilise ce mot dans son sens premier, synonyme de ‘supporter’) s’ils respectent nos lois et notre mode de vie, à condition de les défendre nous-mêmes, ce que le pouvoir ne fait plus depuis des lustres. Cette menace paraît grande du fait de sa visibilité (femmes voilées, publicité faite au ramadan, etc…) mais elle n’a pas la profondeur qu’elle affiche.

 

Quel regard portez-vous sur l’affaire Dieudonné qui semble déjà retombée dans l’oubli ?

J’ai vu Dieudonné dans son bus lorsqu’il était interdit de jouer dans des salles, j’ai regardé presque tous ses spectacles par écran interposé. Il peut être très drôle mais je ne le trouve pas extraordinaire non plus. Son mérite a été de refuser de se coucher devant les injonctions du Système. Je ne crois pas que Dieudonné soit antijuif (puisque c’est le sens donné au mot ‘antisémite’). Quand on a vu ses spectacles, on peut constater sans hypocrisie qu’il ‘tape’ sur tout le monde, comme tout comique devrait le faire, en tout cas devrait pouvoir le faire, sans être inquiété. Dieudonné est un ennemi pratique pour le Système : le choix résiderait entre un clown et le gouvernement (une troupe de clowns). L’ironie, c’est que Dieudonné rassemble dans ses spectacles la France des ‘blacks-blancs-beurs’ (prétendument) défendue par le Système. Sa ‘quenelle’ est un geste antisystème à la portée de n’importe quel opposant. Le Système a peur, il doit diviser pour régner et empêcher tout rassemblement. Mais quand on a peur, on fait n’importe quoi, et au-delà du cas Dieudonné, il semble que la jurisprudence qui a suivi cette affaire représente à l’avenir un danger pour la liberté d’expression et même la liberté en général.

 

Quelles sont vos références intellectuelles ?

Je n’ai pas de maître à penser, je prends partout ce qui me semble intéressant. Je sais que certaines personnes ne sont pas capables de distinguer les apports des uns et des autres et se sentent obligées de tout prendre ou de tout rejeter en bloc. Tant pis pour elles. Mais s’il faut choisir, je dirai que les intellectuels qui ont dégagé la meilleure vision du monde selon moi sont René Guénon et Julius Evola. Je pourrai en citer d’autres, comme Georges Bernanos, Alexandre Soljenitsyne et Charles Maurras, ou contemporains comme Philippe de Villiers, Paul-Marie Coûteaux et Yvan Blot. Mais finalement il suffit de lire les romans dits d’anticipation des écrivains britanniques Orwell, Huxley et Wells pour saisir simplement ce qui arrive aujourd’hui. Pour répondre complètement à la question, je dois dire que mes véritables références sont davantage des hommes d’action que des purs intellectuels : Léon Degrelle et le docteur Henri Martin.

 

Enfin que pensez-vous de l’alternative catholique et royale comme solution aux maux de notre pays ?

Je défends justement dans Résistance et Tradition la monarchie royale comme système institutionnel idéal. La démocratie peut être intéressante au niveau local, mais au niveau national il est nécessaire d’avoir de la cohérence, de la hauteur et la continuité de l’Etat pour gouverner correctement. Je précise que la monarchie n’est pas une dictature. Le principe de subsidiarité doit d’ailleurs s’appliquer au maximum pour rendre au peuple sa liberté.

Concernant la religion, bien sûr, le roi de France ne pourra être que catholique, comme le disait Chateaubriand. Mais d’une part il n’est pas question de forcer les gens à croire ou à pratiquer – donner l’exemple et être fier de son histoire doit être nécessaire et suffisant – et d’autre part je me méfie beaucoup de nombre de chrétiens, que j’appelle ‘universalo-œcuméniques’, et qui malgré toutes leurs déclarations patriotiques choisiront toujours in fine le mondialisme plutôt que leur nation.

Attention, néanmoins : ce que vous appelez « l’alternative catholique et royale » ne permettra pas seule de résoudre tous les problèmes. C’est comme la sortie de l’euro : il ne s’agit que d’un préalable, d’une solution nécessaire mais certainement pas suffisante.